« Dieu inspira à l’un des justes ceci : « Parmi mes serviteurs il
y en a qui m’aiment et que j’aime : qui soupirent après moi et après
lesquels je soupire ; qui gardent mon souvenir et dont je garde le
souvenir ; qui regardent vers moi et vers qui je regarde. Suis leur
exemple et je t’aimerai. Mais si tu t’en écartes, je t’écarterai ».
Il dit alors :

- « Seigneur, à quoi les reconnaîtrai-je ?

- « A cela, dit Dieu, qu’ils gardent la cellule en plein jour, comme
le tendre berger garde ses brebis. Ils aspirent après le coucher du
soleil, comme l’oiseau après son nid à l’heure du coucher du soleil.
Aussi, dès que la nuit les enveloppe, que l’ombre s’étend, les
matelas étendus et les lits dressés ; dès que les amants se
retrouvent dans l’intimité, eux se lèvent et se prosterne la face
contre terre. Ils se mettent à me parler en répétant mes paroles.
Ils me rendent grâces pour mes bienfaits, tantôt avec des cris et
des larmes, tantôt avec des gémissement et des plaintes : ils sont
tantôt debout et tantôt assis ; tantôt à genoux et tantôt prostrés.
Je vois de mes propres yeux tout ce qu’ils endurent pour moi.
J’entends de mes oreilles les plaintes que mon amour leur inspire ;
et voici les trois bienfaits qu’en premier lieu je donne : Je
projette en leur cœur l’éclat de ma lumière, en sorte qu’ils disent
de moi ce que moi je dis d’eux puis, à supposer que les cieux et la
terre et ce qu’ils contiennent correspondent à leur mérites, je
considérerai tout cela comme de peu d’importance eu égard à eux ; et
je pencherai, enfin sur eux ma Face. Celui vers qui Je me penche,
qui saura jamais ce que Je lui réserve ? »