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Discussion: le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr

  1. #1
    Tuqaddim Muntada-lfuqarâ' Avatar de daawa95
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    Par défaut le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr




    (D'après Yahya 'Alawi, docteur en islamologie)

    Le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr, né en 967 et mort en 1049, est
    considéré comme l'un des premiers grands spirituels d'expression persane, pour ne pas dire le premier. Le livre que nous allons vous présenter a été écrit par l'un de ses arrière-petit-fils, Mohammad Ibn-é Monawwar, un livre intitulé "Les secrets de l'unité divine dans les stations spirituelles du Sheykh Abou Saïd" qui a marqué la littérature mystique persane, faisant de l'anecdote l'une des formes d'expression privilégiée de ce genre. Dès son apparition, en effet, ce livre a été une source d'enseignement et d'inspiration pour les auteurs mystiques des générations suivantes, qu'ils soient poètes ou
    prosateurs.


    De son vivant même, le Sheykh Abou Saïd était entré dans la légende. Surnommé « prince de la voie mystique », il était admiré par les uns,
    désavoué par les autres. Son mode de vie, sa doctrine spirituelle, qu'il mettait en pratique dans tous les moments de sa vie
    quotidienne, scandalisèrent non seulement un bon nombre de théologiens légalistes, mais aussi certains spirituels plus traditionalistes de son temps. L'écho de ses paroles et de ses attitudes audacieuses parvint même jusqu'en Andalousie, à l'autre extrémité du monde musulman d'alors, où il fut sévèrement critiqué par Ibn Hazm de Cordoue, théologien légaliste auteur d'un « livre des hérésies musulmanes ».


    C'est qu'en fait le Sheykh Abou Saïd était l'un des précurseurs d'une
    école spirituelle qui sera plus tard connue sous le nom de malâmatiyya ou malâmiyya, qui veut dire « gens du blâme ». Pour ces spirituels, il faut, pour atteindre au renoncement complet à soi-même et à la véritable sincérité et pureté dans la quête de Dieu, non seulement supporter, mais même rechercher le blâme public, non pas en agissant au contraire de la Loi révélée, comme certains l'ont prétendu — et comme certains pseudo-spirituels ont d'ailleurs pu le faire —, mais en agissant au contraire des pratiques ostentatoires des bigots et en vivant d'une manière que les gens n'avaient pas l'habitude de voir ni chez les autorités religieuses exotériques ni chez ceux qui se réclamaient de la voie spirituelle et mystique.

    Mais le blâme des blâmeurs n'empêchera pas notre Sheykh de devenir un
    modèle de la spiritualité islamique iranienne, même s'il n'a lui-même
    fondé aucune école ni écrit aucun livre. Par ses paroles, ses
    prédications, ses gestes et ses attitudes, il a donné de nouvelles
    valeurs à la spiritualité iranienne et fait de la langue et de la
    poésie persanes un moyen d'expression privilégié pour les sentiments
    et idées mystiques.


    Pour lui, on ne peut atteindre à la véritable sincérité dans la quête
    de Dieu qu'en renonçant complètement à soi-même : il faut donc fuir
    les pratiques ostentatoires des bigots, qui ne font que renforcer le
    moi, et ne pas se soucier du blâme des bien-pensants que l'on ne peut
    manquer de s'attirer par une telle attitude. En renonçant à l'arabe au profit du persan, le Sheykh Abou Saïd faisait sortir la voie spirituelle et les idées mystiques des cercles de lettrés et les rendaient accessibles aux gens simples. Il fallait donc que le contenu même de ces enseignements subisse une adaptation : il ne s'agira pas pour lui d'évoquer de complexes
    théories métaphysiques, mais de faire partager l'expérience
    spirituelle, d'où l'importance des anecdotes et récits des moments de
    la voie spirituelle, dont le présent ouvrage constitue le premier
    recueil en langue persane.

    Quant aux idées du Sheykh Abou Saïd concernant la vie et la voie
    spirituelles, nous vous laisserons dès maintenant les découvrir vous-
    mêmes à travers ses paroles et ses attitudes. Rappelons seulement que
    pour lui, la spiritualité ne consiste pas à se retirer du monde dans
    la solitude des montagnes ou les immensités désolées des désert : le
    véritable spirituel est celui qui, à l'exemple du Prophète, que Dieu
    le bénisse lui et les siens, vit avec les hommes et parmi eux, tout
    en demeurant en permanence uni à Dieu ; car le seul voile entre la
    créature et Dieu n'est ni le ciel, ni la terre, ni les hommes, ni les
    biens, mais seulement cette affirmation de soi-même qui nous pousse à
    ne voir, à ne penser et à ne dire que « moi » et toujours « moi ».
    Comme le dira plus tard le grand poète mystique Djalâlod-dîn Rûmî :

    La mère des idoles, c'est l'idole du moi : Celles-là sont vipères,
    celle-ci est dragon.

  2. #2
    Tuqaddim Muntada-lfuqarâ' Avatar de daawa95
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr

    Un jour, rapporte notre Sheykh, mon maître Bou-l-Fazlé Hassan de Sarakhs me dit :
    « Bou Saïd, le but de la mission des cent vingt-quatre mille Prophètes qui sont apparus aux hommes n'était qu'un seul mot qu'ils
    leur ont répété : Dieu ! Ils leur ont dit : "Prêtez continuellement attention à ce mot
    !"


    Ceux auxquels il fut accordé d'entendre ce message répétèrent sans cesse ce mot jusqu'à se tourner complètement vers Dieu ; puis ils
    furent noyés en Dieu et purifiés : alors ce mot apparut dans leur coeur et ils n'avaient plus besoin de le répéter. »


    Le Sheykh ajoute :

    « Cette parole s'empara de moi à tel point que je ne pus dormir cette nuit-là. Le lendemain matin, avant le lever du soleil, m'étant acquitté de la prière matinale, je demandai au Maître l'autorisation d'aller au cours de commentaire du Coran de Bou Ali Faqih. Le sujet du commentaire de ce jour était le verset 91 de la sourate 6 :
    « Dis : "Dieu", puis laisse-les se divertir de balivernes ! »
    […] En cet instant, par l'audition de ce verset, une porte s'ouvrit
    en mon cœur et je fus ravi à moi-même
    »

    Un jour on posa une question à notre Sheykh, à propos du verset 62 de la sourate 6 : « Ensuite ils sont renvoyés à Dieu, leur véritable Maître ».
    « Ce verset, dit notre Sheykh, se rapporte aux hommes voués à la spiritualité et c'est l'état de leur dernière étape, qui vient après tous les efforts, toutes les pratiques de dévotion, tous les voyages
    intérieurs, les stations, les souffrances, les détresses et les diffamations.
    Ils doivent subir toutes les humiliations qui apparaissent les unes après les autres : ils sont d'abord conduits à la porte du repentir, pour qu'ils se repentent à la grande joie de leurs ennemis, puis ils sont conduits à l'humiliation de leur moi. Ils endurent toutes ces souffrances en apportant, dans toute la mesure du possible, quelque repos aux hommes. Ensuite, ils s'attachent à diverses pratiques de piété : ils veillent la nuit, jeûnent le jour, suivent fidèlement la loi divine ; il entreprennent chaque jour une nouvelle tâche, en s'imposant maintes pratiques de dévotion.

    J'ai accompli tout cela, poursuit le Sheykh. Au début, je me suis imposé dix-huit tâches pour me délivrer des charges de dix-huit mille mondes : j'ai jeûné continuellement ; je me suis abstenu de
    nourriture prohibée ; j'ai sans cesse psalmodié les litanies ; j'ai veillé pendant la nuit ; je me suis abstenu de me coucher, et si je
    m'endormais ce n'était qu'en position assise ; […] j'ai résisté à la tentation des choses prohibées et à leur esclavage ; […] je me suis constamment soumis aux décrets divins ; je me suis toujours contenté de peu ; […] dans tout ce que j'ai accompli, j'ai suivi l'exemple du Prophète. […]


    On m'a traité de fou et j'ai supporté cette qualification en vertu de cette parole prophétique : « La foi du fidèle ne devient parfaite que si les gens le croient fou ». […]
    Mais j'ai eu un moment l'illusion que c'était moi qui accomplissais tout cela. Sa grâce s'est manifestée pour me montrer qu'il n'en était
    rien, que tout cela était faveur divine. Donc, je me suis repenti et j'ai reconnu que j'avais eu des illusions.

    Maintenant, si tu disais : "Je ne suivrais pas cette voie parce que c'est une illusion", je te répondrais : "C'est ton refus qui est illusion : tant que tu n'auras pas éprouvé tout cela, cette illusion
    ne te sera pas révélée. Tu ne découvriras l'illusion que lorsque tu auras accompli toutes les obligations de la Loi. […] Ne pas accomplir
    tes devoirs d'obligation religieuse c'est de la mécréance, et les accomplir tout en te considérant toi-même c'est du dualisme : tu es
    et Il est ; il y a là deux êtres, ce qui revient à te donner comme associé à Dieu. Il te faut donc anéantir ton moi."


    Je fis une retraite durant laquelle je fus pris du désir d'anéantir
    mon moi. Une lumière jaillit, qui dissipa les ténèbres de mon être.
    Dieu, puissant et majestueux, me révéla que ceci n'était pas moi et
    que celà n'était non plus pas moi : ceci était Sa faveur et celà
    était Sa grâce. En dehors de Sa souveraineté, de Sa bienveillance et
    de Sa beauté, rien n'existe. Je répétais alors sans cesse : Chaque fois que j'ouvre les yeux, je vois que tout est Ta beauté : Mon être entier devient un cœur pour Te faire des confidences ; Parler avec autre que Toi est à mes yeux chose illicite ; Partout où l'on parle de Toi, je prolonge l'entretien.
    »

  3. #3
    Tuqaddim Muntada-lfuqarâ' Avatar de daawa95
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr

    Un jour, au cours d'un entretien, notre Sheykh dit :

    « II est arrivé un moment où j'ai pensé avoir acquis la science ainsi que la pratique de la dévotion et de la méditation constante sur Dieu. J'ai conclu qu'il me fallait dépasser tout cela. Ayant réfléchi, je ne pus trouver ce dépassement que dans le service des pauvres. En effet, quand Dieu veut du bien à l'un de ses adorateurs, il le conduit à s'humilier. Ainsi, m'étant mis au service des pauvres, je nettoyais leurs latrines. M'étant consacré quelque temps à ces tâches, celles-ci me devinrent comme une seconde nature. Puis, je me mis à quêter pour les pauvres, car je ne trouvai, pour moi-même, rien de plus pénible que cela : au début, lorsque les gens me voyaient, ils me donnaient un dinar ; après quelque temps, l'aumône tomba jusqu'à un seul dirham ; cela se réduisit à un raisin sec ou à une noix et, enfin, il arriva un moment où l'on ne donnait même pas cela.
    Ayant un groupe de pauvres à ma charge, et ne voyant aucune issue, je leur sacrifiai mon turban ; ensuite, je vendis mes chaussures, puis la doublure de mon habit et, à la fin, mon habit même
    . »


    Notre Sheykh a rapporté ceci :

    « Lorsque je me trouvais à Amol, un jour que j'étais assis en compagnie du Sheykh Bou-l-Abbas Qassab, deux hommes se présentèrent à
    lui. L'un deux dit :
    "Nous avons eu une discussion. L'un de nous prétend que l'état de tristesse perpétuelle est plus parfait, tandis que l'autre estime que c'est l'état de perpétuelle joie qui est plus parfait. Qu'en pense le Sheykh ?"


    En se passant les mains sur le visage, Sheykh Bou-l-Abbas répondit : "Dieu soit loué de ce que le fils de boucher que je suis n'a pour demeure ni la joie ni la tristesse : auprès de votre Seigneur, il n'est ni matin ni soir. La tristesse et la joie sont tes
    attributs à toi, or tout ce qui est ton attribut est créé et le créé n'a pas accès à l'Eternel.
    Le fils de boucher que je suis est serviteur de Dieu en ce qu'Il a ordonné comme en ce qu'Il a interdit et serviteur du Prophète dans l'observance de sa pratique. Si quelqu'un prétend suivre la voie des
    preux, voilà l'occasion de le montrer, car tout cela n'est pas un passe-temps de vieilles femmes : c'est la lice des preux."
    »

    Selon ses compagnons, après qu'il eut terminé ses pratiques de mortification et que furent réalisés l'état et le dévoilement
    mystiques, le Sheykh ne négligea jamais aucune des œuvres surérogatoires ni aucune des pratiques du Prophète, et cela aussi bien lorsqu'il était en voyage que lorsqu'il résidait en quelque endroit. Il se consacrait si pleinement à la prière que, même
    lorsqu'il dormait, on entendait sortir de sa gorge le mot "Dieu". Cependant, les gens s'avisèrent très rarement des pratiques
    ascétiques et des œuvres de piété du Sheykh, qui les cachait aux regards. Il n'en parlait pas et ne voulait point les faire connaître au public, à l'exception de ce qu'il mentionnait parfois dans ses exhortations pour servir d'exemple et d'encouragement aux disciples. Il en fut de même de tous les hommes de Dieu, qui cachaient aux gens leurs états mystiques et leurs miracles, à moins que quelque chose n'en parut sans intention de leur part. L'un d'eux, lorsqu'un de ses
    miracles fut dévoilé sans qu'il en ait eu l'intention, invoqua Dieu en disant :

    « Mon Dieu, le secret qui existait entre Toi et moi a été connu des créatures : ôte-moi la vie, car je ne pourrais pas supporter d'être importuné par les créatures, car elles me détourneront de Toi. »

    Et aussitôt il rendit l'âme et s'en fut rejoindre la miséricorde divine. Tels sont ceux [des hommes de Dieu] qui ne sont pas des Maîtres spirituels ; quant à ceux qui sont des Maîtres spirituels, ils ne
    cherchent certes pas non plus à faire montre de leurs miracles, mais si quelque chose en paraît sans qu'ils en aient eu l'intention, ils ne s'en émeuvent pas, et il peut aussi arriver que, pour quelque bonne raison, ils manifestent eux-mêmes leurs miracles. Cela parce que le souci des créatures ne les détourne pas de Dieu et qu'ils ont
    la mission d'exhorter, de guider et de former des disciples. […]

    Il y avait à Nishâpour un aspirant à la voie spirituelle qui était épris des biens de ce monde dont la passion était d'entasser et de
    thésauriser. Une nuit, un voleur pénétra dans sa maison et lui vola tout, sauf un vieux froc rapiécé dans lequel se trouvait l'argent
    liquide qu'il possédait. Le lendemain, le derviche, fort abattu et désolé, assista à la réunion de prédication du Sheykh, mais il ne parla à personne de ce qui lui était arrivé.
    Au milieu de sa prédication, se tournant vers ce derviche, le Sheykh récita ces vers :

    Eh oui, mon âme chérie, hier soir j'étais sur ton toit
    Tu t'es dit : "C'est un voleur", mais non : ce n'était que moi.


    Le derviche poussa un cri, s'avança vers le Sheykh et posa devant lui l'argent qui lui restait. Le Sheykh dit :

    « Il faut que tout soit de la sorte à la disposition de tous. »

  4. #4
    Tuqaddim Muntada-lfuqarâ' Avatar de daawa95
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr

    Quelqu'un posa cette question à notre Sheykh : « Il y a, dans cette ville, un grand homme nommé Bou-l-Qâsim Qoshayri qui affirme que, en faisant deux pas, le fidèle peut parvenir à Dieu ; qu'en dit le Sheykh ? »

    Il répondit : « Je dis, moi, que le serviteur peut parvenir à Dieu en faisant un seul pas ! »

    Les disciples du Maître Bou-l-Qâsim Qoshayri revinrent auprès de lui et lui rapportèrent les propos du Sheykh. Maître Bou-l-Qâsim Qoshayri
    leur dit : « Et vous n'avez pas demandé comment ? »
    Le lendemain, les disciples du Maître Bou-l-Qâsim Qoshayri posèrent cette question au Sheykh : « Hier, tu as dit que le serviteur peut parvenir à Dieu en faisant seulement un pas.
    Oui, et aujourd'hui, je dis la même chose.
    Comment cela, ô Sheykh ?
    Entre Dieu et son serviteur, il n'y a qu'un seul pas : fais un pas hors de toi-même, afin de parvenir à Dieu. »
    Le Sheykh venait de prononcer ces paroles, lorsqu'un marchand ambulant cria […] : « Viens avec peu de chose et tu seras comblé ! »
    « Ecoutez ce sage, reprit le Sheykh, et pratiquez son conseil : devenez rien et vous serez tout. »

    Khâdjé Hassan Moaddib a rapporté ce qui suit : « Lorsqu'il se répandit à Nishâpour qu'un Maître spirituel était arrivé et qu'au cours de sa prédication, lisant dans la pensée des hommes, il
    révélait leurs secrets, moi qui méprisais ceux qui suivent cette voie, je me dis : "Le mystique n'a pas de science : comment donc
    pourrait-il prêcher ? En outre, Dieu n'a doué personne de la connaissance des choses cachées. comment donc cet homme serait-il apte à lire dans la pensée intime des hommes
    ?"


    Un jour, vêtu d'un riche costume et coiffé d'un turban du Tabarestân, j'allai écouter la prédication du Sheykh par curiosité. Je m'assis juste devant la chaire sur laquelle prêchait le Sheykh, Quand il eut terminé sa prédication, il demanda de quoi vêtir un pauvre. L'idée me vint de lui offrir mon turban, mais je me dis : "C'est un turban
    qu'on m'a rapporté de Amol en cadeau et il vaut dix dinars : je ne peux pas faire un cadeau de ce prix-là
    ."
    De nouveau, le Sheykh lança son appel pour les vêtements du pauvre, et j'eus encore l'idée de lui offrir mon turban, mais de nouveau je repoussai cette idée et ce que j'avais déjà pensé la première fois reprit place en mon esprit.
    Un vieillard était assis auprès de moi. Il demanda au Sheykh si Dieu parle à Ses serviteurs. Le Sheykh répondit : "
    Oui, Il parle, mais
    pour un turban, Il ne parle pas plus de deux fois. A l'homme qui est assis à côté de toi, Il a dit deux fois : « Donne à ce pauvre ce turban que tu portes », mais cet homme dit qu'il ne le donnera pas, parce qu'il vaut dix dinars et qu'on le lui a apporté de Amol en cadeau."
    »

    Le Sheykh raconta cette histoire : «
    Un jour un grand propriétaire terrien recevait chez lui. Son cultivateur lui avait apporté des concombres primeurs de la saison. Le propriétaire compta les membres de la famille et il en donna un à chacun. Il en donna un aussi au jeune serviteur qui se tenait debout. Il n'en resta aucun pour le
    propriétaire lui-même. Le serviteur mangeait le concombre avec appétit, de sorte que le
    propriétaire en eut envie. Il s'adressa alors au serviteur :
    "
    Donne-
    moi un morceau de concombre
    ."
    Le jeune serviteur en donna un morceau
    au propriétaire qui, l'ayant porté à la bouche, le trouva
    amer
    . "
    Jeune homme, dit-il, comment manges-tu un concombre aussi amer
    avec tant d'appétit ?
    "
    Le jeune serviteur répondit :
    "De la main du Maître dont j'ai mangé tant de douceurs depuis longtemps, par quelle excuse repousserais-je une seule amertume ?" […]


    Et notre Sheykh récita ces vers :
    Pourquoi se fâcher de l'Ami pour tout et n'importe quoi ?
    Il en est ainsi de l'Amour : tantôt douleur et tantôt joie.
    Si c'est l'Ami qui t'humilie, l'humiliation n'est plus un mal,
    Et si après il te console, ta brûlure est cicatrisée.
    Nul ne peut, pour un simple mal, oublier plus de cent bontés ;
    Nul ne peut, s'il pense aux épines, aller goûter aux belles mûres.

    Autant Il se met en colère, autant implore le pardon, Car on ne peut pas se trouver chaque jour un nouvel Ami.

    On a rapporté qu'un soir le Maître Imâm Bou-l-Qâsim Qoshayri pensa ceci : « Demain j'irai à la prédication du Sheykh pour lui poser
    cette question : "Qu'est la Loi et qu'est la Voie ?" afin d'entendre la réponse du Sheykh.
    »


    Le lendemain il se rendit à la séance de prédication du Sheykh et prit place. Celui-ci commença sa prédication et, avant que le Maître
    Bou-l-Qâsim ne posât sa question, il dit :
    « O toi qui désires poser des questions sur la Loi religieuse et la Voie spirituelle, sache que nous avons résumé toutes les sciences en ces deux vers :
    De l'Ami nous vint ce message : œuvrez à faire bon ouvrage.
    — Voilà donc ce qu'est la Loi ;
    Faites jaillir l'amour du cœur et écartez tout superflu.
    — Et voilà ce qu'est la Voie.
    »

  5. #5
    Tuqaddim Muntada-lfuqarâ' Avatar de daawa95
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr

    Au temps où le Sheykh Bou Saïd était à Nishâpour, il y avait dans cette ville un imam […] qui s'appelait Bou-l-Hossayn Touni. Il désapprouvait notre Sheykh et sa désapprobation était telle que chaque fois que l'on prononçait devant lui le nom du Sheykh, il le maudissait. […] Un jour le Sheykh dit : « Sellez le cheval afin que
    nous allions rendre visite à Bou-l-Hossayn Touni
    . »
    Un groupe de mystiques et de disciples du Sheykh désapprouvèrent dans leur cœur ce geste, se disant tout bas : « Le Sheykh rend visite à un
    homme qui le maudit dès qu'il entend le nom même d'Abou Saïd !
    »
    Le Sheykh monta sur son cheval et partit, accompagné de ses disciples. Sur le chemin un [homme] sortit de chez lui et, apercevant
    le Sheykh accompagné du groupe de ses disciples, il se mit à le maudire.
    La foule allait le brutaliser lorsque le Sheykh leur dit : « Calmez-
    vous ; il se peut qu'en récompense de sa malédiction la miséricorde divine lui soit accordée
    . »
    Les disciples du Sheykh firent : « Comment la miséricorde divine serait-elle accordée à celui qui maudit un homme tel que toi ?
    — A Dieu ne plaise ! Ce n'est pas nous qu'il maudit : il croit que nous sommes dans l'erreur et qu'il est lui dans le vrai ; c'est cette erreur qu'il maudit pour l'amour de Dieu
    . »

    L'homme, debout, écoutait la parole du Sheykh. Sur-le-champ, il se jeta aux pieds du cheval du Sheykh et dit : « Sheykh, je me repens.
    C'est toi qui es dans le vrai et c'est moi qui suis dans l'erreur. Fais-moi connaître l'islam afin qu'à nouveau je devienne musulman.
    »


    Le Sheykh, s'adressant alors à ses disciples, leur dit : « Voyez quel effet produit une malédiction faite pour l'amour de Dieu. »

    Plus loin, Hassan Moaddib envoya un disciple en avant afin d'avertir Bou-l-Hossayn que le Sheykh allait arriver pour le saluer. Le derviche en avertit Bou-l-Hossayn, mais ce dernier ne fit que maudire
    le Sheykh et ajouta : « Qu'a-t-il à faire chez nous, cet homme ? C'est à l'église des chrétiens qu'il doit aller ! »
    Ayant entendu ces mots, le derviche retourna auprès de Hassan Moaddib et lui rapporta tout ce qui était arrivé. Or, il se trouve justement
    que ce jour était un dimanche. Le Sheykh savait par intuition ce qui s'était passé. Il dit à
    Hassan : « Hassan, qu'y a t-il donc ? » Hassan répéta ce qu'il avait entendu et le Sheykh dit : « Eh bien ! nous allons exécuter l'ordre
    du maître
    . »

    [Le Sheykh] se dirigea vers l'église en déclarant : « Grâce au Nom de Dieu le Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, il faut agir selon l'ordre du maître. »


    Quand il arriva à l'église, les chrétiens étaient réunis et occupés à leurs propres rites. Lorsqu'ils aperçurent le Sheykh, tous l'entourèrent et le dévisagèrent, cherchant à comprendre pour quelle
    raison il était là. Devant l'église, ils avaient construit un oratoire et placés dans des
    niches des statues du Christ et de Marie devant lesquelles ils se prosternaient. Le Sheykh jeta un regard vers les statues et récita le
    verset 116 de la sourate 5 : « "Serait-ce toi qui aurais dit aux hommes : "Prenez-moi ainsi que ma mère comme deux dieux en plus de Dieu" ?" Si Mohammad et la religion de Mohammad sont vérités, prosternez-vous sur le champ devant le Dieu de vérité ! »


    Le Sheykh avait à peine prononcé ces mots que les deux statues tombèrent à terre, le visage tourné vers La Mecque. Voyant cela, les chrétiens jetèrent des cris et quarante d'entre eux coupèrent leur
    ceinture [de chrétien], se convertirent à l'islam, revêtirent le froc rapiécé [des derviches] et firent une ablution majeure.


    Alors le Sheykh se tourna vers le groupe de disciples et dit : « Voilà ce qui arrive à quiconque suit les indications des maîtres spirituels : tout cela vient de la grâce liée à l'ordre de ce
    maître.
    »


    Ce qui était arrivé au Sheykh et ce qu'il avait dit fut rapporté à Bou-l-Hossayn Touni et [ce dernier], envahi par l'émotion […] se repentit de tout ce qu'il avait fait dans le passé et devint l'un des
    fidèles du Sheykh.


    On a rapporté qu'un jour le Sheykh Bou Saïd prêchait. Un opposant était venu s'asseoir derrière une colonne et il observait le Sheykh. Il le vit assis sur un siège, s'appuyant contre des coussins et
    révélant ses pouvoirs surnaturels. L'homme regardait en cachette les attitudes du Sheykh et le réprouvait en son for intérieur. Le Sheykh
    se tournant vers lui, dit : « Toi, l'homme assis derrière la colonne, sort cette réprobation de ton cœur et viens ! »


    L'homme se leva de sa place derrière la colonne, poussa un cri et dit : « Quelle puissance seigneuriale !
    Non ! répondit le Sheykh, tu te trompes :
    quelle soumission
    totale !
    »


    Lâ ilâha illâ Allâh , je trouve ces récits merveilleux.

    Wassalâm


  6. #6
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr





    Masha'Allah Lella ; merci pour ce poste . Cela me rapelle les moments magnifiques lorsque j'avais lu le livre de Abû-l-Hassan Khalaqani "Parole d'un soufi " , un des meilleurs que j'ai eu l'occasion de lire jusqu'À present ...


    Murid
    Allah :azwjl:dit dans Le Coran :
    « Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans que Nous lui révélions qu’il n’y a d’autre dieu que Moi, adorez-moi donc. » (Coran, 21/25)

    Le Prophète :saawss:a dit :
    « La parole la plus excellente dite par moi et les autres prophètes avant moi est : La Ilaha Illa Allah. »

  7. #7
    Tuqaddim Muntada-lfuqarâ' Avatar de daawa95
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr


    Wa'Alaykoum Assalâm Sidi Murid,

    Mâsha-Allâh ! Mâsha-Allâh ! Mais quel plaisir de te relire dis donc! :)
    C'est moi qui te remercie.
    Pour le livre " parole d'un soufi" je n'ai eu l'occasion de le lire, j'espere en profiter très bientot bi idhni-llâh.

    Wassalâm

  8. #8
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr

    Citation Envoyé par Murid Voir le message




    Masha'Allah Lella ; merci pour ce poste . Cela me rapelle les moments magnifiques lorsque j'avais lu le livre de Abû-l-Hassan Khalaqani "Parole d'un soufi " , un des meilleurs que j'ai eu l'occasion de lire jusqu'À present ...


    Murid
    Assalam aleykum,
    Je l'ai vu à la fnac ce week-end et justement j'allais demander votre avis lol

  9. #9
    Membre d'honneur Avatar de Murid
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    Par défaut Re : le grand spirituel iranien que fut le Sheykh Abou Saïd Aboul-Kheyr






    je ne peux que te le conseiller ; tu seras transportee dans un autre monde ...


    Murid
    Allah :azwjl:dit dans Le Coran :
    « Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager sans que Nous lui révélions qu’il n’y a d’autre dieu que Moi, adorez-moi donc. » (Coran, 21/25)

    Le Prophète :saawss:a dit :
    « La parole la plus excellente dite par moi et les autres prophètes avant moi est : La Ilaha Illa Allah. »

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