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Discussion: Sidi Ben 'Ajiba Al Hassany

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    Par défaut Sidi Ben 'Ajiba Al Hassany

    Sidi Ben 'Ajiba Al Hassany

    Né à Tanger en 1747 et mort en 1809, éminant disciple de Moulay Al'Arbi Derqâoui, il a écrit entre autre les interprétations des sagesses d'Ibn 'Atâ Allah disponible en français et le tafsîr Alqurân: interpretation du Coran: "Al bahr al madîd fî Tafsîr al qurân almajîd"....
    Il était le défenseur des soufis par sa plume et son grand savoir en science juridique et en science du coran: il était juge (jurisprudence malikite avec une grande connaissance des quatre doctrines), muftî et grand théologue...
    Il nous raconte ici le soufisme à l'ancienne: signalons au passage que le soufisme d'aujourd'hui a changé, il ne s'appuit plus sur les épreuves mais sur le Dhikr, il n'est plus une éducation marquée par la majesté et la rigueur mais une éducation basée sur la beauté et la douceur: et ceci ne change en rien sa qualité comme l'a montré Sidi Hamza: c'est les temps et la pédagogie éducative (sirr ou secret spirituel) propriété du maître vivant qui change pour s'adapter aux besoins du disciple pour le faire parvenir à la réalisation délicatement et subtilement en le menant vers l'embellissement (tahallî) avant le dépouillement (takhallî)...

    Sidi Ibn 'Ajiba raconte ainsi les épreuves d'un soufi de l'époque du 18 éme siécle où le soufisme était une voie trés selective:

    “… Avant d’entrer dans la voie, ma situation matérielle était assez aisée (…) Je jouissais aussi d’une position éminente dans l’enseignement et j’étais respecté de l’élite comme du vulgaire; j’avais mes entrées chez les gouvernants, auprès de qui je pouvais intercéder pour autrui (...) On me considérait comme un homme parfaitement vertueux, presque à l’égal d’un grand saint. Lorsque j’allais au marché, les gens me tombaient dessus comme on le fait en visitant un tombeau.
    Dès que j’eus pris le wird de notre shaykh al-Bûzidi, je revêtis une jellaba de tissu grossier (…) Lorsque le shaykh me vit ainsi vêtu, il se réjouit beaucoup et acquit la certitude que je recevrais des lumières sur les secrets spirituels (…) Le jour suivant, je fis mon entrée dans la ville vêtu de cette jellaba avec le groupe de fuqarâs qui chantaient la haylala (lâ ilâha illâ ‘llâh) . Beaucoup de gens nous regardaient, étonnés. J’entendis alors, au dedans de moi, mon âme qui appelait au secours et criait; la sueur ruisselait sur mon corps : c’était en effet la première fois que j’éprouvais une brisure. Ensuite le shaykh me dit : “Porte toujours ta jellaba”. Peu après, je mis le gros rosaire à mon cou. Lorsque j’arrivai chez moi avec la jellaba et le rosaire, ce fut un tollé général parmi les gens de ma maison. Cependant, voyant que j’étais bien résolu, ils se résignèrent et se mirent à me pleurer comme on pleure un mort ; ils se faisaient mutuellement des condoléances à mon sujet, tandis que des caravanes de femmes emplissaient la maison pour venir exprimer leur sympathie à ma famille. Je fus beaucoup pleuré par les habitants de Tétouan.
    Mais, voyant que malgré cette ruine et désolation les gens ne s’écartaient pas de moi, je demandai au shaykh l’autorisation de porter le froc rapiécé (muraqqa’a), et il me la donna. Dès que je m’en fus revêtu, les gens se mirent à me fuir ; je trouvais le grand repos et pus me consacrer entièrement au cheminement dans la voie. Plus tard le shaykh m’écrivit : “Rejette tout le superflu et fais en l’aumône ; ne garde que ce qu’il te faut pour te nourrir, toi, ta famille et les pauvres pendant un ou deux jours”. Je fis comme il me disait, distribuant tout ce qui excédait le strict nécessaire (…). Au bout de quelques temps, nous fumes embellis par la misère et la certitude grandit. Ensuite le Shaykh m’écrivit de servir les fuqaras, de faire leur lessive, d’acheter du savon, de laver leurs vêtements avec mes pieds et de les nourrir chez moi ; ce que je fis pendant un certain temps. Vint alors l’ordre d’aller mendier dans les boutiques et à la porte des mosquées. Rien en ce monde ne m’a été plus pénible que cela, et rien n’a été plus tranchant pour les artères de mon âme. Je sortais avec l’intention de le faire et errais ça et là dans le souk ; mais le respect humain me paralysait et je rentrais à la maison : combien j’enviais ceux des fuqaras qui s’étaient mis à mendier ! Plusieurs fois par jour mon âme souhaitait la mort corporelle. Enfin – c’était un vendredi – j’étendis la main droite et jurai solennellement de commencer ce jour là. Lorsque l’imâm eut prononcé la salutation finale (de la prière commune), je me dirigeai vers la porte de la mosquée, m’assis au milieu des vieux mendiants dont certains étaient des aveugles, d’autres des fuqaras et tendis la main avec eux pour demander l’aumône. Les gens qui passaient près de moi se couvraient le visage, gênés, afin de ne pas me voir en cet état. Je pris place ainsi de nombreuses fois avec les autres mendiants, puis j’allai me poster près de la porte en tendant la main et fis cela tour à tour dans toutes les mosquées de Tétouan. Je partis ensuite à l’assaut des boutiques et des marchés, et cette tâche devint mon wird quotidien, après la prière du milieu de l’après midi. Je conservai cette pratique tout le temps que dura mon séjour à Tétouan. Lorsque je demandai au shaykh l’autorisation de pratiquer la retraite et le silence, il m’écrivit : “Va dans le souk et assieds-toi là du matin jusqu’au soir ! fais cela un jour sur deux ; un jour tu parleras aux amis pour les exhorter au dhikr, le jour suivant tu t’assiéras dans le souk”. J’agis de la sorte durant tout le mois de ramadan : je restais dans le souk, tantôt assis, tantôt couché, jusqu’au milieu de l’après-midi, après quoi je partais pratiquer le wird dont il vient d’être question (la mendicité).
    Le shaykh m’ordonna ensuite de nettoyer le souk et de porter les ordures sur ma nuque jusqu’en dehors de la ville. Je balayai les souks à trois ou quatre reprises. Durant l’hiver, il arriva plus d’une fois que les détritus mouillés que je portais sur les épaules me dégoulinassent sur le dos (…) Lorsque j’allais mendier, je m’adressais tout spécialement, et plus souvent qu’aux autres, à ceux qui me critiquaient et me blâmaient, afin d’en extraire ce qui fait mourir l’âme. Je me présentais aussi intentionnellement chez ceux qui me portaient de l’estime, et surtout chez nos parents. A tous ceux-là, je me montrais un mendiant particulièrement insistant et avide des biens de ce monde, espérant par là atteindre la pure sincérité (ikhlâs) et la mort psychique
    Dernière modification par Dhâkir ; 15/12/2007 à 11h12.

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