Extrait de "L'Etat Spirituel des Hommes de la Vérité avec Dieu"
(Halâtu ahli al haqîqati ma'a Allâh)

Sheykh Ahmad Ar-Rifa'i


Douzième Hadith

L'illustre savant, mon oncle Abu Bakr al Ansari al-Wasiti nous a rapporté d'après une chaîne de plusieurs rapporteurs qui remonte jusqu'à 'Abdullah ibn 'Amru Ibn Al 'As (que Dieu soit satisfait de lui) que l'Envoyé de Dieu (que Dieu lui accorde la Grâce et la Paix) a dit :
"Ceux qui font miséricorde reçoivent la miséricorde du Tout-Miséricordieux (qu'Il soit béni et exalté). Faites miséricorde à ceux qui sont sur la terre, vous recevrez la miséricorde de Celui qui est dans le ciel."

Ce hadîth illustre renferme bien des merveilles en matière de secrets relatifs à la science sur Dieu. Le Prophète élu (que Dieu lui accorde la grâce et la paix) le recommande pour faire miséricorde en faveur des créatures se trouvant sur la terre afin que le serviteur obtienne la miséricorde de tous les êtres élevés qui se trouvent dans le ciel. En effet, le ciel est la voie de la descente des miséricordes seigneuriales, le lieu de conduite des débordements de la miséricorde et le siège des anges que Dieu a institués comme des médiations de Ses secrets entre Lui et Ses créatures. Ainsi, lorsqu'il projette la miséricorde dans le secret intime de l'ange chargé des subsistances, les subsistances deviennent agréables ; lorsqu'Il la projette dans le secret intime de l'ange chargé de l'enregistrement des œuvres, Il lui fait oublier de comptabiliser les mauvaises actions et lorsqu'Il la projette dans le secret intime de l'ange chargé de la surveillance, celui-ci assiste le serviteur et devient bienveillant avec lui.

(…)

Oui mon fils ! Si tu réalises la miséricorde en faveur des êtres créés, on te fera miséricorde. Si tu fréquentes ceux qui possèdent la connaissance spirituelle, tu réussiras et si tu interroges les sages divins, tu apprendras.

Oui mon fils ! Sache que pour toute chose, il y a une clé et la clé de la science, c'est le questionnement. Bravo pour l'aspirant qui parvient à fréquenter ceux qui possèdent la connaissance spirituelle pour puiser dans leur science et acquérir leurs symboles et les subtilités de leurs allusions spirituelles. En effet, la noblesse des savants divins est bien trop grande pour être perçue par quelqu'un d'autre en dehors de Dieu parce qu'ils sont les bien-aimés de Dieu et les dépositaires de Son Secret. Que l'aspirant profite donc du respect qu'ils inspirent et qu'il provoque leurs pensées par de bonnes questions, car les merveilles des vagues produites par les pensées de ceux qui possèdent la connaissance spirituelle (ma'rifa) sont in épuisables. Il suffit, d'ailleurs, comme marque d'ignorance chez l'individu, qu'il s'arrête d'apprendre et se contente de ce qu'il a, car Dieu (qu'Il soit exalté) a dit : "Si vous ne le savez pas, interrogez les gens auxquels le rappel a été adressé" (s.16, v.43) et le Prophète (que Dieu lui accorde la grâce et la paix) a dit : "Asseyez-vous avec les grands, questionnez les savants et fréquentez les sages."


Abdul Wahid Ibn Zayd rapporte ce qui suit :

"Jai croisé au cours de l'un de mes voyages, un homme qui portait des vêtements confectionnés à partir de poils de chèvres. Je l'ai salué, puis, je lui ai demandé : "Puis-je te poser une question?" Il m'a répondu : "Sois bref, car les jours passent, les souffles sont comptés et recensés et le Seigneur est averti : Il voit et entend." Je lui ai demandé : "Quel est le sommet de la piété?" Il m'a répondu : "C'est la patience avec Dieu, qu'Il soit exalté." Je lui ai demandé : "Quel est le sommet de la patience?" Il m'a répondu : "C'est de s'en remettre à Dieu (tawakkul)." Je lui ai demandé : "Quel est le sommet du tawakkul?" Il m'a répondu : "C'est de se consacrer à Dieu (al Inqita')". Je lui ai demandé : "Quel est le sommet d'al Inqita'?" Il m'a répondu : "C'est de s'isoler pour Dieu (al Infirad)." Je lui ai demandé : "Quel est le sommet d'al Infirad?" Il m'a répondu : "C'est de se dépouiller de tout ce qui n'est pas Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est la chose la plus douce?" Il m'a répondu : "C'est l'intimité de la mention de Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est la chose la plus agréable?" Il m'a répondu : "C'est la vie avec Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est la chose la plus proche?" Il m'a répondu : "C'est de rejoindre Dieu." Je lui ai demandé : "Qu'est-ce qui fait le plus mal au cœur?" Il m'a répondu : "C'est de se séparer de Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est l'ambition de celui qui possède a connaissance spirituelle (al ma'rifa )?" Il m'a répondu : "C'est la rencontre de Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est le signe distinctif de l'amoureux?" Il m'a répondu : "C'est l'amour de la mention de Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est l'intensité avec Dieu?" Il m'a répondu : "C'est la rectitude du secret intime avec Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est le sommet de l'obéissance?" Il m'a répondu : "C'est de se soumettre à l'Ordre de Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est le sommet de la soumission?" Il m'a répondu : "C'est de se rappeler l'interrogatoire devant Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est la plus grande joie?" Il m'a répondu : "C'est d'avoir une bonne opinion de Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est le plus grand des hommes?" Il m'a répondu : "Celui qui se suffit de Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est le plus fort des hommes?" Il m'a répondu : "Celui qui puise sa force en Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est celui qui est lésé?" Il m'a répondu : "Celui qui agrée un autre que Dieu." Je lui ai demandé : "Quelle est la grandeur d'âme?" Il m'a répondu : "C'est de renoncer à s'installer sans Dieu." Je lui ai demandé : "Quand le serviteur devient-il éloigné de Dieu?" Il m'a répondu : "Lorsqu'il a dans son cœur un autre souci en dehors de Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est l'insouciant?" Il m'a répondu : "Celui qui a dépensé sa vie dans la désobéissance." Je lui ai demandé : "Quelle est l'ascèse dans le bas-monde?" Il m'a répondu : "C'est de renoncer à toute chose qui occupe par rapport à Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est celui qui avance?" Il m'a répondu : "Celui qui s'avance vers Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est celui qui tourne le dos?" Il m'a répondu : "Celui qui se détourne de Dieu." Je lui ai demandé : "Quel est le cœur sain?" Il m'a répondu : "Celui qui ne renferme que Dieu." Je lui ai demandé : "Indique-moi, d'où manges-tu?" Il m'a répondu : "Je puise dans les trésors de Dieu." Je lui ai demandé : "Que désires-tu?" Il m'a répondu : "Ce qui est décrété par Dieu." Je lui ai demandé : "Fais –moi des recommandations!" Il m'a répondu : "Œuvre en obéissant à Dieu, agrée l'Arrêt de Dieu et réconforte-toi par la mention de Dieu, tu seras parmi les élus de Dieu."

(…)

De même, on a interrogé Yahiya Ibn Mu'adh Ar-Razi :
"Quel est le signe distinctif du cœur sain?"
Il a répondu : "C'est celui qui est reposé par rapport aux soucis du bas-monde." On lui a demandé : "Quelle est la nourriture?" Il a répondu : "C'est la mention du Vivant Qui ne meurt jamais." On lui a demandé : "Quelle est la véracité de la volonté?" Il a répondu : "C'est de renoncer à ce qu'impose l'habitude." On lui a demandé : "Quel est l'ardent désir?" Il a répondu : "C'est de ne regarder que vers le haut." On lui a demandé : "Quand l'affaire du serviteur devient-elle parfaite?" Il a répondu : "Quand il s'apaise avec Dieu sans le moindre souci." On lui a demandé : "Quel est le signe distinctif de l'aspirant?" Il a répondu : "C'est de ne pas s'occuper des serviteurs." On lui a demandé : "Quel est la sommet de la guidance?" Il a répondu : "C'est la véracité dans la piété." On lui a demandé : "Quel est le plaisir?" Il a répondu : "C'est la conformité." On lui a demandé : "Qui est l'étranger?" Il a répondu : "C'est celui qui ne récolte aucune part de son amour." On lui a demandé : "Quand le serviteur atteint-il le degré de l'amitié auprès de son Maître?" Il a répondu : "Lorsqu'il extirpe de son cœur tout ce qui n'est pas Lui." On lui a demandé : "Quel est le grand repos?" Il a répondu : "C'est la soumission au Seigneur." On lui a demandé : "Quelle est la meilleure des œuvres?" Il a répondu : "C'est la mention de Dieu en toute circonstance." On lui a demandé: "Quelle est l'indigence totale?" Il a répondu : "C'est la pérennité de l'intimité avec Dieu." On lui a demandé : "Quel est le voile des cœurs?" Il a répondu : "C'est de se contenter des faux seigneurs." On lui a demandé : "Quelle est la vie heureuse?" Il a répondu : "C'est la vie avec Le Majestueux." On lui a demandé : "Quelle est la réalité de la fidélité?" Il a répondu : "C'est la véracité et la pureté." On lui a demandé : "Quels sont les amoureux?" Il a répondu : "Ce sont les 'arifun (ceux qui possèdent la connaissance spirituelle)." On lui a demandé : "Quel est le glorieux?" Il a répondu : "C'est celui qui tire sa gloire du Glorieux." On lui a demandé : "Quel est le noble?" Il a répondu : "Celui qui se réconforte auprès du Bienveillant." On lui a demandé : "Quel est l'insouciant?" Il a répondu : "C'est celui qui a dilapidé le capital de sa vie." On lui a demandé : "Le bas-monde, c'est quoi?" Il a répondu : "C'est tout ce qui te détourne du Seigneur."


Oui, la source de la connaissance spirituelle, c'est le cœur, en raison de la Parole divine : "Quiconque respecte les choses sacrées de Dieu, sait que leur observance procède de la crainte révérencielle de Dieu contenue dans les cœurs." (s.22, v.32) La source de la contemplation et de la vision présencielle, c'est le fu'ad (le cœur) en raison de la Parole divine : "Le cœur (al Fu'ad) n'a pas inventé ce qu'il a vu" (s.103, v.11)

La source de la lumière, c'est la poitrine en raison de la Parole divine : "Celui dont Dieu a ouvert la poitrine à l'Islam n'est-il pas dans une lumière venue de son Seigneur?" (s.39, v.22)

Plus le cœur aime Dieu, qu'Il soit exalté, plus il aime Son Messager (que Dieu lui accorde la grâce et la paix) et Ses Amis.




- Sheykh Ahmad Ar-Rifa'i, Commentaire Spirituel de quarante hadiths prophétiques, Editions Iqra -