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Discussion: Les Tabi'un (Les Suivants)

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    Un exposé sur les Tabi'un (Les Suivants) -radhia Allah 'anhoum wa ardhâhoum , bien référencé

    source:http://fr.fgulen.com/content/view/100/14/


    Les Tabi'un

    Dans beaucoup d'endroits du Coran où les Compagnons sont loués, le Coran mentionne aussi les générations bénies qui suivirent leur voie. Par exemple:
    Les tout premiers [croyants] parmi les Émigrés et les Secoureurs et ceux qui les ont suivis dans un beau comportement, Dieu les agrée, et ils L'agréent. Il a préparé pour eux des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et ils y demeureront éternellement. Voilà l'énorme succès! (9:100)
    Tout d'abord, ce sont les Tabi'un qui sont loués avec les Compagnons. Comme eux, ils étaient contents de Dieu quoi qu'Il leur envoie, bien ou mal, faveur ou malheur. Conscients de leur servitude à Dieu, ils L'adoraient avec le plus grand respect et la plus profonde vénération.

    Comme les Compagnons, ils L'aimaient infiniment et Lui accordaient toute leur confiance. Le Messager les loua en disant: «Bonnes nouvelles à ceux qui m'ont vu et cru en moi, et bonnes nouvelles à ceux qui ont vu ceux qui m'ont vu.»[1]

    Les Tabi'un suivirent les pas des Compagnons et leur montrèrent le respect qui se doit. Ils ne ressentaient aucune haine ni rancœur envers un quelconque croyant, et souhaitaient le bien à tout le monde:
    Et ceux qui sont venus après eux en disant: "Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu'à nos frères qui nous ont précédés dans la foi; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux". (59:10)
    Comme le décrit le verset 9:100, cette génération bénie suivit les Compagnons en faisant le bien (ihsan). En plus de signifier le respect, la bienveillance et l'altruisme, un hadith dit que l'ihsan veut aussi dire: « L'ihsan, c'est adorer Dieu comme si tu Le voyais; Et si tu ne Le vois pas, certes Lui te voit.»[2]

    Cette génération apparut à une époque où les conspirations et l'hypocrisie provoquèrent de grandes divisions internes. À ce moment critique, ils protégèrent, défendirent et pratiquèrent l'islam avec beaucoup de conscience et de dévotion. Ils devinrent les référents de: Seigneur, c'est en Toi que nous mettons notre confiance et à Toi nous revenons [repentants]. Et vers Toi est le Devenir. (60:4)

    Certains parmi eux faisaient jusqu'à 100 rak'a de prière nocturne, récitaient le Coran entier tous les deux ou trois jours, accomplissaient toujours leurs prières obligatoires en commun à la mosquée, dormaient toujours (comme Masruq) prosternés face à la Ka'ba, et n'avaient jamais ri de toutes leurs vies.

    Uways al-Qarani est souvent considéré comme le plus grand Tabi'un. Bien qu'il fût assez vieux pour pouvoir avoir vu le Prophète, il n'en eut pas l'occasion. Un jour alors qu'il était assis avec ses Compagnons, le Messager leur conseilla: «Si vous voyez Uways al-Qarani, demandez-lui de prier pour vous.»[3] Pendant son califat, Omar s'enquit de Uways auprès des pèlerins yéménites. Quand il le trouva un jour parmi les pèlerins, Omar lui demanda de prier pour lui. Mal à l'aise du fait d'être ainsi reconnu et identifié, l'on ne revit plus Uways parmi les gens jusqu'à ce qu'il tombât martyr à la Bataille de Siffin dans l'armée de Ali.[4]

    Il y avait beaucoup d'illustres Tabi'un, parmi lesquels Masruq ibn al-Ajda, Ata ibn Abi Rabah, Hasan al-Basri, Muhammad ibn Sirin, Ali Zayn al-Abidin, Qasim ibn Muhammad et Muhammad ibn Munkadir, qui étaient incomparables en savoir, piété et droiture.

    Muhammad ibn Munkadir était surnommé le Bakkâ' (celui qui pleure beaucoup) en raison de sa crainte de Dieu. Un jour sa mère lui dit: «Ô mon fils, si je ne t'avais pas connu depuis ton enfance, je croirais que tu pleures pour quelque péché. Pourquoi donc pleures-tu autant?» Il répondit que c'était parce qu'il était profondément conscient de la Majesté de Dieu, de la terreur du Jour du Jugement, et de l'Enfer.[5] Quand on lui demanda sur son lit de mort pourquoi il pleurait autant, il s'expliqua: «J'ai peur que ce verset ne se réfère aussi à moi: Leur apparaîtra, de la part de Dieu, ce qu'ils n'avaient jamais imaginé (39:47)

    Masruq ibn al-Ajda adorait Dieu avec la sincérité la plus profonde. Il dormait souvent en prosternation devant la Ka'ba. Quand on lui suggéra de se coucher pendant sa dernière maladie, il répondit: «Par Dieu, si quelqu'un apparaissait et me disait que Dieu ne me châtirait pas, même après cela je continuerais à prier avec le même sérieux qu'avant.»[6] Il agissait ainsi car il suivait l'exemple du Prophète qui, quand Aïcha lui avait demandé pourquoi il se fatiguait à prier autant, il avait donné cette réponse: «Ne devrais-je pas être un serviteur reconnaissant?»

    Sa'id ibn Jubayr était un élève de Ibn Abbas. Il passait ses journées à prêcher l'islam et ses nuits à prier. Il se battit contre Hajjaj aux côtés de Abd ar-Rahman al-Kindi. Quand il fut finalement capturé, les soldats qui l'emmenaient à Hajjaj passèrent une nuit dans un monastère au milieu d'une grande forêt. Sa'id voulut prier dans la forêt. Les soldats le laissèrent faire, pensant que les bêtes sauvages le mettraient en pièces. Les soldats le regardèrent prier d'une fenêtre du monastère et virent les animaux sauvages se rassembler autour de lui pour l'observer.
    Quand ses ravisseurs avaient employé la torture pour le forcer à jurer allégeance à Hajjaj, il refusa sans hésiter: «Vous avez torts, et vous faites du tort aux descendants du Prophète. Je ne vous prêterai jamais serment d'allégeance.» Avant son exécution, il récita le verset que les musulmans récitent lors du sacrifice d'un animal: Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés. (6:79) Quand ils tournèrent son visage loin de la direction de la prière, il récita: À Dieu seul appartiennent l'Est et l'Ouest. Où que vous vous tourniez, la Face (direction) de Dieu est donc là. (2:115) D'un coup, ils le décapitèrent et des lèvres de cette tête tombée s'élevèrent ces paroles: «Il n'y a d'autre dieu que Dieu, et Mohammed est le Messager de Dieu.»[7]

    Tels étaient les personnes qui reçurent les Traditions des Compagnons et les transmirent aux générations suivantes. Les suivants méritent d'être mentionnés plus longuement afin de mieux connaître cette génération bénie:

    Sa'id Ibn al-Musayyib, le Tabi'un le plus avancé dans les sciences du Hadith, la jurisprudence et l'exégèse coranique, est né en 15 AH. Il rencontra la plupart des Compagnons, dont Omar, Othman et Ali. Sa'id était réputé pour sa réflexion et sa grande mémoire, ainsi que pour sa piété, sa droiture et sa profonde dévotion. Ces caractéristiques poussaient tout le monde à le considérer, même de son vivant, comme le plus grand Traditioniste de son temps.
    Très tôt, vers ses vingt ans, Sa'id commença à donner des avis juridiques et à prononcer des verdicts légaux, tout comme Hasan al-Basri avait fait à Basra. Les Compagnons l'admiraient beaucoup. Abd Allah ibn Omar remarqua un jour: «Si le Messager avait vu ce jeune homme, il aurait été très content de lui.»[8]
    Il ne manquait jamais d'accomplir toutes les prières prescrites en commun à la mosquée. Il disait: «J'ai toujours prononcé le takbir d'ouverture des prières quotidiennes juste après l'imam pendant cinquante ans.»[9] Il ne négligeait aucun élément de la Sounna. Un jour, comme il était malade, les docteurs lui conseillèrent de rester dans la vallée de Aqiq pendant un mois, à quoi il rétorqua: «Mais alors comment pourrais-je me rendre à la mosquée pour les prières de la nuit et de l'aube?» Il ne souhaitait pas accomplir les prières prescrites ailleurs qu'à la Mosquée du Prophète.[10]

    Il ne jura pas allégeance au calife Walid. Bien que Hisham, le gouverneur de Médine, le faisait battre tous les jours jusqu'à ce que le bâton utilisé à cet effet se casse, il ne céda jamais. Quand ses amis, dont Masruq et Tawus, lui conseillaient d'accorder un consentement oral au califat de Walid afin de faire cesser la torture, il répondait toujours: «Les gens nous regardent et font tout ce que nous faisons. Si nous consentons, qu'adviendra-t-il d'eux?»[11]
    Sa'id s'était marié avec la fille de Abou Houraïra afin d'être plus proche de lui et d'améliorer sa connaissance et sa compréhension des hadiths de Abou Houraïra. Quand le calife Abd al-Malik, gouverneur d'un énorme territoire, demanda la main de la fille de Sa'id pour son fils Hisham qui allait lui aussi devenur calife, celui-ci refusa et, face à la pression et aux menaces grandissantes, il offrit sa fille à Ibn Abi Wada', qui vivait dans la madrasa.[12]

    Imam Shafi'i estimait que tous les hadiths de Sa'id étaient tout à fait authentiques, même si le Compagnon de qui il les avait reçus n'était pas mentionné. Cela signifie que pour Imam Shafi'i, Sa'id était au même rang que les Compagnons au niveau de la connaissance et de la narration des Traditions Prophétiques. Parmi ceux qui reçurent des hadiths de lui, Ata ibn Abi Rabah, Qatada, Muhammad al-Baqir (l'arrière-petit-fils d'Ali), Zuhri et Yahya ibn Sa'id al-Ansari méritent une attention particulière.

    Alqama ibn Qays an-Nakha'i. À l'époque des Tabi'un, Basra fut honoré par, en particulier, la présence de Hasan al-Basri; le Yémen par Tawus ibn Qaysan; Médine par Sa'id ibn al-Musayyib; et Kufa par Alqama ibn Qays an-Nakha'i. Kufa fut d'abord éclairé par Abd Allah ibn Mas'ud pendant le califat de Omar, puis directement par Ali, quand il déplaça le califat là-bas. Ceci offrit une excellente opportunité à Alqama de recontrer de nombreux Compagnons et d'apprendre de première main la vie et les Traditions du Prophète.

    Alqama est le fondateur de l'école de sciences religieuses islamiques de Kufa. Ceux qui le voyaient se souvenaient de Abd Allah ibn Mas'ud, car il suivait les pas de ce dernier dans la prière, le comportement et la pratique de l'islam. Amr ibn Shurahbil, parmi les grands savants qui rapportèrent des hadiths de Alqama, suggérait souvent à ceux qui l'entouraient: «Allons vers celui qui ressemble le plus à Ibn Mas'ud dans son comportement et ses attitudes.»[13] Ibn Mas'ud ressemblait beaucoup au Messager et ainsi le représentait. De même que le Messager désirait écouter Ibn Mas'ud réciter le Coran, ainsi Ibn Mas'ud aimait écouter Alqama réciter le Coran.[14]

    Imam Abou Hanifa, généralement accepté comme le plus grand juriste musulman et comme un homme très pieux et très austère, admirait tellement Alqama qu'il disait: «Alqama est probablement plus profond en [connaissance du] Hadith et de la jurisprudence que certains Compagnons.»
    Un jour, quelqu'un vint à Alqama et l'insulta beaucoup. Cet illustre savant ne montra aucun signe d'indignation et, une fois que l'homme avait terminé, récita le verset: Et ceux qui offensent les croyants et les croyantes sans qu'ils l'aient mérité, se chargent d'une calomnie et d'un péché évident. (33:58) L'homme répliqua: «Es-tu un croyant?» Alqama répondit humblement: «Je l'espère.»[15]

    Alqama lutta contre la fausseté qui avait cours à son époque, et n'obéissait pas aux dirigeants égarés omeyyades. Comme il avait lui-même reçu des hadiths de centaines de Compagnons, de nombreuses personnalités de sa propre génération et des générations suivantes rapportèrent des hadiths de lui. Alqama forma les savants les plus illustres de l'école de Kufa, comme Aswad ibn Yazid an-Nakha'i, Ibrahim an-Nakha'i et Hammad ibn Abi Sulayman, et enveloppa ainsi Kufa d'une atmosphère propice pour la formation de Sufyan ath-Thawri, Abou Hanifa et de beaucoup d'autres.

    Le père de Urwa ibn Zubayr ibn al-Awwam faisait partie des dix bienheureux à qui le Paradis avait été promis de leur vivant. La grand-mère de Urwa était Safiyya, la tante paternelle du Prophète, et la mère de Asma bint Abou Bakr, qui passa une grande partie de sa vie avec Aïcha. Urwa peut être considéré comme un élève de sa tante Aïcha. Il reçut aussi des enseignements de Sa'id ibn al-Musayyib, qui avait sept ou huit ans de plus que lui.
    Urwa était l'un des sept plus grands juristes de son temps. Il transmit la majorité des Traditions rapportées par Aïcha. Il reçut aussi des hadiths de Ali, Omar, Ibn Abbas, Abou Ayyub al-Ansari et beaucoup d'autres Compagnons. De nombreuses grandes figures parmi les générations suivantes, dont Qatada ibn Di'ama, Ibn Shihab az-Zuhri, Yahya ibn Sa'id al-Ansari et Zayd ibn Aslam, rapportèrent des hadiths de lui.
    Comme ses contemporains, Urwa était extrêmement pieux. Par exemple, l'un de ses pieds était infecté avec la gangrène et devait être amputé. Lors de l'amputation, il ne se plaignit pas et dit seulement: Nous avons rencontré de la fatigue dans notre présent voyage. (18:62)

    Quand l'un de ses quatre fils mourut quelques temps plus tard, il leva les bras devant la Ka'ba et glorifia Dieu: «Ô Dieu, Tu m'as donné quatre membres, deux bras et deux jambes, et quatre fils. Tu as repris l'un de chaque groupe et Tu m'as laissé les trois autres restants. Louanges à Toi par milliers!»[16] Urwa était certainement inclus dans le sens de: Dieu les agrée et ils L'agréent. (98:8)

    Muhammad ibn Muslim ibn Shihab az-Zuhri, appelé Ibn Shihab az-Zuhri, rapporta un quart des Traditions Prophétiques venant des Tabi'un. Son père, Muslim, avait lutté contre les Omeyyades, et surtout contre Hajjaj. Par suite, le gouvernement omeyyade le surveillait de près. Contrairement à ce que certains prétendent, il ne soutint jamais les Omeyyades.
    Comme d'autres honorés par Dieu en étant parmi les rapporteurs les plus fiables de hadiths, Ibn Shibab az-Zuhri avait une mémoire extraordinaire. Il mémorisa le Coran entier avant d'avoir 7 ans et en seulement huit jours. À 18 ans, il commença à pratiquer l'ijtihad (émettre des jugements sur des questions religieuses ou légales en se basant sur les principes établis par le Coran et la Sounna). Il n'oubliait jamais rien: «Je n'ai rien trahi de ce que Dieu a placé dans mon cœur comme un précieux dépôt.»[17]
    Ibn Shihab az-Zuhri reçut sa première éducation de Sa'id ibn al-Musayyib, qui le forma pendant 8 ans. Il fut aussi l'élève de Ubaydullah ibn Abd Allah ibn Utba, l'un des sept plus grands juristes de l'époque. Il consacra toute sa vie au Hadith: «J'ai voyagé sans cesse entre le Hedjaz et Damas pendant 40 ans juste pour le Hadith.»[18]

    D'aucuns l'accusent d'avoir flatté les Omeyyades. Ce mensonge est contredit par les faits historiques. Il est vrai qu'il donna des leçons aux fils du calife Hisham. Toutefois, ce n'est pas une faute et cela n'implique pas pour autant qu'il ait soutenu les Omeyyades. Au contraire, il devrait être loué pour avoir essayé de guider les futurs dirigeants de la communauté musulmane vers la vérité.
    Lors de sa première rencontre avec Ibn Shihab az-Zuhri, le calife Abd al-Malik lui rappela que son père avait soutenu Abd Allah ibn Zubayr dans sa dispute avec les Omeyyades pendant de longues années. Mais Ibn Shihab az-Zuhri ne craignit jamais de dire la vérité aux dirigeants omeyyades.

    Certains Omeyyades prétendirent qu'il était fait référence à Ali dans ce verset:
    Ceux qui sont venus avec la calomnie sont un groupe d'entre vous. Ne pensez pas que c'est un mal pour vous, mais plutôt, c'est un bien pour vous. À chacun d'eux ce qu'il s'est acquis comme péché. Celui d'entre eux qui s'est chargé de la plus grande part aura un énorme châtiment. (24:11) [Ce verset fut révélé à l'occasion de la calomnie faite à l'encontre d'Aïcha.]
    Cela était naturellement un énorme mensonge prononcé contre Ali. Ibn Shihab az-Zuhri déclara ouvertement dans une cour omeyyade que ce verset faisait allusion à Abd Allah ibn Ubayy ibn Salul, le leader des Hypocrites de Médine. Quand le calife se renfrogna, Ibn Shihab az-Zuhri rétorqua: «Ô sans père! Je jure par Dieu que même si un héraut venant des cieux annonçait que Dieu permettait de mentir, je ne mentirais jamais!»[19]

    Bien que Ibn Shihab az-Zuhri défendit Ali contre les Omeyyades, il fut accusé par Ya'qubi, un historien chiite, de fabriquer des hadiths pro-Omeyyades. Abou Ja'far al-Iskafi, un autre historien chiite, clama la même chose contre Abou Houraïra. Selon le faux rapport de Ya'qubi, le calife Abd al-Malik aurait fait réparer la Mosquée d'al-Aqsa' à Jérusalem dans le but d'encourager les musulmans à accomplir les tournées rituelles autour d'elle et non pas autour de la Ka'ba. Il demanda à Ibn Shihab az-Zuhri de fabriquer un hadith à cet effet, ce qu'il aurait prétendument fait: «Il ne vaut pas la peine de voyager [pour prier] sauf vers les trois mosquées: Masjid al-Haram, Masjid al-Aqsa' et ma Masjid (mosquée) ici [à Médine].»

    Plus tôt dans ce livre, j'ai argumenté en faveur de l'authenticité de ce hadith. En fait, Ya'qubi s'est lui-même ridiculisé à travers un tel récit insensé, car:

    • Aucun livre d'histoire juif, chrétien ou islamique n'a rapporté que quiconque aurait fait des tournées rituelles autour de Masjid al-Aqsa' comme cela est fait autour de la Ka'ba.
    • Le Coran l'exalte et par conséquent les musulmans la révèrent; il n'est nul besoin d'un hadith fabriqué pour en assurer la révérence.
    • Les califes Omar et Abd al-Malik, Nur ad-Din az-Zanki et Salah ad-Din al-Ayyubi l'avaient tous réparée.
    • Ibn Shihab az-Zuhri n'aurait pas pu avoir rencontré Abd al-Malik pendant son règne et fabriqué un hadith pour lui à une époque où son propre père (avec Abd Allah ibn Zubayr) se battait contre ce même calife.
    • Ibn Shihab az-Zuhri n'était pas encore un célèbre Traditioniste à cette époque. Il ne commença à compiler les hadiths de façon officielle que durant le califat de Omar ibn Abd al-Aziz.
    • Abd al-Malik n'était pas du genre à tenter de commettre une tromperie aussi absurde. Avant son califat, il était très pieux, une autorité dans le domaine du Hadith, et connaissait bien les savants de sa génération. Bien qu'il ne réussît pas en tant que calife, gardant sa réputation précédente de piété parmi les savants, il n'aurait pas pu se rabaisser au point de fabriquer un hadith.

    Malgré son absurdité, Goldziher utilisa le récit de Ya'qubi pour calomnier Ibn Shihab az-Zuhri, le premier compilateur officiel des Traditions et rapporteur d'un quart d'entre eux. Les chercheurs «modernes» du monde musulman comme Ahmad Amin, Ali Hasan Abd al-Qadir et Abou Rayya, qui sont des portes-paroles des Orientalistes, répètent les mêmes allégations.

    La science du Hadith se fonde sur les piliers les plus sûrs et les plus solides, et ses sources originales sont là pour quiconque veut les étudier. Or, Goldziher et ses acolytes se basent sur des ouvrages folkloriques et poétiques comme al-Iqd al-Farid et Al-Aghani (Chansons), et sur des livres traitant des animaux comme Kitab al-Hayawan. Ces livres, et tous ceux qui leur ressemblent, n'ont rien à voir avec le Hadith et n'ont pas d'approche scientifique.
    Ibn Shihab az-Zuhri est l'une des plus grandes autorités du Hadith. Les experts en Hadith les plus en vue tels que Ibn al-Madini, Ibn Hibban, Abou Hatim, Hafiz adh-Dhahabi et Ibn Hajar al-Asqalani, s'accordent sur son autorité incontestable. Il reçut des hadiths de nombreux Compagnons, et beaucoup de savants parmi la première et la deuxième génération après les Compagnons ont rapporté des hadiths de lui.
    Beaucoup d'autres Tabi'un mériteraient d'être mentionnés: Aswad ibn Yazid an-Nakha'i, Nafi (qui fut le maître de Imam Malik, fondateur de l'école juridique Malékite), et Tawus ibn Qaysan, qui ne dormit pas pendant quarante ans entre les prières de la nuit et de l'aube. Or, les limites de ce livre ne permettant d'aller plus en détail, nous en resterons là.
    [1] Hakim, Mustadrak, 4:86; Haythami, Majma', 10:20; Hindi, Kanz al-'Ummal, 11:530
    [2]Bukhari, "Tafsir," 31/2; Abu Dawud, "Sunna," 16; Muslim, "Iman," 5-7
    [3] Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 223-24
    [4] Ibid
    [5] Abu Nu'aym, Hilya, 3:146
    [6] Ibn al-Jawzi, Sifat as-Safwa, 3:15
    [7] Abu Nu'aym, Hilya, 4:291-5; Ibn Kathir, Al-Bidaya, 9:117
    [8] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna qabl at-Tadwin, 485
    [9] Abu Nu'aym, Hilya, 1:163
    [10] Ibid., 2:172
    [11] Ibn Sa'd, Tabaqat, 5:126
    [12] Ibid., 5:138; Dhahabi, Siyar A'lam an-Nubala', 4:234
    [13] Ibn Sa'd, 6:86; Abu Nu'aym, 2:98
    [14] Ibn Sa'd, 6:90-91
    [15] Ibid., 6:86; Abu Nu'aym, 2:100
    [16] Abu Nu'aym, 2:179
    [17] Ibid., 3:364; Dhahabi, Tadhkirat al-Huffaz, 1:109
    [18] Ibn Kathir, 9:375
    [19] M. 'Ajjaj al-Khatib, As-Sunna qabl at-Tadwin, 509-10


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    (Suite)


    Facteurs de leur grandeur

    Leur relation avec le Messager

    La Prophétie est plus grande que la sainteté, et la qualité de Messager est plus grande que celle de Prophète. Chaque Prophète est un saint, mais aucun saint n'est un Prophète. Bien que tous les Messagers soient des Prophètes, tous les Prophètes ne sont pas en même temps des Messagers. Le Prophète Mohammed est le dernier et le plus grand des Prophètes et des Messagers. Les Compagnons sont directement liés à sa mission de Messager et sont en relation avec lui en raison de sa qualité de Messager. Tous ceux qui vinrent après le Prophète, si grands fussent-ils, ne se lièrent à lui que par la sainteté (ne pouvant jamais obtenir le statut de Compagnon). Par conséquent, un Compagnon est plus grand qu'un saint de la même façon que la qualité de Messager est au dessus de celle de saint (la différence entre les deux est si grande qu'elle ne peut être estimée).


    Les avantages de la sainte compagnie

    Rien n'est comparable à l'illumination et l'exaltation spirituelles obtenues par la présence ou la compagnie du Prophète lui-même. Aucune lecture de ce qu'un maître spirituel et intellectuel a écrit ne saurait vous profiter autant que le savoir acquis directement du Prophète. Ainsi, les Compagnons, et surtout ceux qui étaient le plus souvent avec lui et depuis les tout débuts, en tirèrent un si grand avantage qu'ils s'élevèrent du statut de gens du désert, sauvages, grossiers et ignorants, au rang de guides religieux, intellectuels, spirituels et moraux de l'humanité jusqu'au Jour Dernier.
    Pour être un Compagnon, il nous faudrait retourner à La Mecque ou à la Médine du VIIe siècle, écouter attentivement le Messager et l'observer en train de parler, marcher, manger, se battre, prier, se prosterner, et ainsi de suite. Puisque cela est impossible, personne ne peut atteindre le rang des Compagnons, qui étaient immergés dans l'aura sacrée qu'offrait la présence du Messager.


    La véracité

    L'islam est fondé sur la pure véracité et l'absence totale de mensonges. Les Compagnons embrassèrent l'islam dans sa pureté originale. Pour eux, être un musulman signifiait abandonner tous les vices qu'ils avaient, être purifié dans l'atmosphère radieuse de la Révélation Divine, et incarner l'islam. Ils auraient préféré mourir plutôt que mentir. Le Messager déclara un jour que si une personne répugnait à apostasier autant qu'à se jeter dans le feu, alors cette personne avait dû goûter au plaisir de la foi. En effet, les Compagnons y avaient goûté et, étant des musulmans sincères, ne pouvaient pas mentir, puisque cela était presque aussi grave que l'apostasie. Nous avons du mal à comprendre pleinement ce point, car d'aucuns à notre époque considèrent le mensonge et la tromperie comme des talents, et tant de vertus ont été remplacées par des vices…


    L'atmosphère créée par la révélation

    Les Compagnons furent honorés en étant les premiers à recevoir les Messages Divins par le Prophète. Tous les jours, il leur était donné des messages originaux et ils étaient encore et encore invités à la «table du Divin», remplie de «fruits» éternellement frais venant du Paradis. Chaque jour, ils vivaient des changements radicaux dans leurs vies, ils étaient élevés toujours plus près de la Présence de Dieu, et leur foi et leur conviction grandissaient sans cesse. Ils se retrouvaient dans les versets du Coran et pouvaient apprendre directement si Dieu approuvait ou non leurs actions.
    Par exemple, quand: ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant de Dieu grâce et agrément. Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation (48:29) fut révélé, les yeux se tournaient d'abord vers Abou Bakr, Omar, Othman et Ali. Car après tout, ils étaient connus pour être aux côtés du Messager dès le début, pour leur dureté envers les incroyants, leur compassion envers les musulmans, et pour s'incliner et se prosterner longuement et très souvent devant Dieu, en quête de Son agrément.
    Quand: Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Dieu. Certains d'entre eux ont atteint leur fin, et d'autres attendent encore; et ils n'ont varié aucunement (dans leur engagement) (33:23) était récité, chacun se souvenait des martyrs d'Ouhoud, surtout Hamza, Anas ibn Nadhr et Abd Allah ibn Jahsh, ainsi que d'autres qui avaient promis à Dieu de sacrifier leurs vies sur Son chemin.
    Tandis que Dieu mentionnait explicitement Zayd ibn Haritha dans: Puis quand Zayd eût cessé toute relation (…) (33:37), Il déclarait dans 48:18 qu'Il agréait les croyants qui avaient juré fidélité au Messager sous un arbre durant l'expédition de Houdaïbiya.
    Dans une telle atmosphère pure, bénie et radieuse, les Compagnons pratiquaient l'islam dans sa plénitude et sa pureté originales, en se basant sur une perception profonde, une perspicacité intense, et la connaissance de Dieu. Ainsi, même un croyant ordinaire qui est conscient de la signification de la foi et de la relation à Dieu, et qui essaie de pratiquer l'islam avec sincérité, peut saisir un brin de la pureté des premiers maillons de la chaîne à travers lesquels la Sounna a été transmise de génération en génération.


    Des circonstances difficiles

    La récompense pour une action change selon les circonstances dans lesquelles elle a été accomplie et la pureté des intentions de son auteur. Œuvrer sur le sentier de Dieu dans des conditions pénibles comme la peur, les menaces et la pénurie, et ce uniquement pour Son agrément, est bien plus méritoire que de faire la même action dans l'aisance et la liberté.
    Les Compagnons acceptèrent et défendirent l'islam dans des circonstances extrêmement difficiles. L'opposition était inflexible et sans pitié. Dans Musamarat al-Abrar de Muhyi ad-Din ibn al-Arabi, Abou Bakr aurait dit à Ali, après la mort du Prophète, que les premiers Compagnons ne sortaient qu'au péril de leurs vies - il craignait sans cesse qu'un poignard leur fût lancé. Dieu seul sait combien de fois ils ont été insultés, frappés et torturés (sutout au début de l'islam). Ceux qui étaient faibles et qui avaient le statut d'esclaves, comme Bilal, Ammar et Suhayb, avaient été torturés presque à mort. Des jeunes comme Sa'd ibn Abi Waqqas et Mus'ab ibn Umayr furent frappés, boycottés et emprisonnés par leurs familles.
    Pourtant, aucun d'eux ne pensa jamais à abjurer ou à s'opposer au Messager. Pour l'amour de Dieu, ils abandonnèrent tout ce qu'ils avaient - leurs foyers, leurs terres natales et leurs possessions - et émigrèrent. Les croyants de Médine les accueillirent à bras ouverts, les protégèrent, et partagèrent avec eux tout ce qu'ils avaient. Ils remplirent avec enthousiasme le pacte qu'ils avaient avec Dieu, vendirent leurs biens et leurs âmes à Dieu en échange de la foi et du Paradis, et ne manquèrent jamais à leur parole. Cela leur valut un si haut rang aux yeux de Dieu que personne ne pourra l'atteindre jusqu'au Jour Dernier.


    La sévérité des circonstances, ainsi que d'autres facteurs, ont donné à la foi des Compagnons une force et une fermeté au-delà de toute comparaison. Par exemple, le Messager entra un jour à la mosquée et y vit Harith ibn Malik en train de dormir. Il le réveilla. Harith dit, comme avaient coutume de dire tous les Compagnons au Messager: «Puissent mon père et ma mère être sacrifiés pour toi, ô Messager de Dieu! Que désires-tu?» Le Messager lui demanda comment il avait passé la nuit. Harith répondit: «Comme un vrai croyant.» Le Messager répliqua: «Tout ce qui est vrai doit avoir une vérité (pour la prouver). Quelle est la vérité de ta foi?» Harith reprit: «J'ai jeûné durant le jour et prié à mon Maître en toute sincérité durant toute la nuit. Maintenant je suis dans un tel état qu'il me semble voir le Trône de Dieu et les divertissements des gens du Paradis au Paradis.» Le Messager conclut: «Tu es devenu l'incarnation même de la foi.»[1]
    Les Compagnons devinrent si proches de Dieu que «Dieu était leurs yeux avec lesquels ils voyaient, leurs oreilles avec lesquelles ils entendaient, leurs langues avec lesquelles ils parlaient, et leurs mains avec lesquelles ils tenaient.»


    Les Compagnons dans le Coran

    Ibn Hazm exprime l'avis de nombreux grands savants: «Tous les Compagnons entreront au Paradis.»[2] Il est possible de trouver dans le Coran des preuves confirmant cette affirmation. Le Livre Saint décrit ainsi les Compagnons:
    Mohammed est le Messager de Dieu. Et ceux qui sont avec lui sont durs envers les mécréants, miséricordieux entre eux. Tu les vois inclinés, prosternés, recherchant de Dieu grâce et agrément. Leurs visages sont marqués par la trace laissée par la prosternation. Telle est leur image dans la Thora. Et l'image que l'on donne d'eux dans l'Évangile est celle d'une semence qui sort sa pousse, puis se raffermit, s'épaissit, et ensuite se dresse sur sa tige, à l'émerveillement des semeurs. [Dieu] par eux [les croyants] remplit de dépit les mécréants. Dieu promet à ceux d'entre eux qui croient et font de bonnes oeuvres, un pardon et une énorme récompense [Il les récompensera au Paradis avec les choses que jamais œil n'a vu, oreille n'a entendu et homme n'a imaginé»]. (48:29)
    Leur récompense est aussi décrite comme suit:
    Les tout premiers [croyants] parmi les Émigrés et les Secoureurs et ceux qui les ont suivis dans un beau comportement (ihsan), Dieu les agrée, et ils L'agréent. Il a préparé pour eux des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et ils y demeureront éternellement. Voilà l'énorme succès! (9:100)
    Abou Houraïra ne manquait jamais un discours du Messager. Il était toujours avec lui et restait dans l'antichambre de la mosquée du Prophète. Il souffrait presque toujours de la faim. Un jour, il alla auprès du Messager lui dire qu'il n'avait rien mangé depuis plusieurs jours. Abou Talha en fit son hôte, mais malheureusement il y avait très peu à manger chez lui. Alors il demanda à sa femme Umm Sulaym:
    «Couche les enfants de bonne heure ce soir, et mets à table tout ce que nous avons à manger. Quand nous nous serons mis à table, souffle sur la bougie comme pour raviver sa flamme (qui s'éteindra alors comme par mégarde). Personne ne peut voir dans le noir si quelqu'un mange ou non. Je ferais comme si je mangeais, ainsi notre invité pourra se rassasier à son aise.» Après la prière de l'aube, le Messager se tourna vers eux, sourit, et dit: «Qu'avez-vous fait la nuit dernière pour que ce verset soit révélé?»
    Il [appartient également] à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s'il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent. (59:9)[3]
    Nous lisons aussi concernant les Compagnons:
    Dieu a très certainement agréé les croyants quand ils t'ont prêté le serment d'allégeance sous l'arbre. Il a su ce qu'il y avait dans leurs cœurs, et a fait descendre sur eux la quiétude, et Il les a récompensés par une victoire proche. (48:18)
    Les Compagnons prêtèrent beaucoup de serments d'allégeance au Messager, promettant de le protéger de leur mieux et d'apporter à l'islam, par la Volonté de Dieu, la victoire finale. Ils tinrent leurs promesses au prix de tous leurs biens et de leurs vies. La majorité moururent martyrs soit pendant la vie du Prophète, soit en propageant l'islam dans les nouvelles terres conquises. Il est toujours possible de trouver, dans presque tous les endroits du monde musulman, les tombes de plusieurs Compagnons enterrés. Ils ont aussi formé une multitude de savants en jurisprudence, en Hadith, en exégèse coranique, en histoire et en biographie du Prophète. Le Coran dit:
    Il est, parmi les croyants, des hommes qui ont été sincères dans leur engagement envers Dieu. Certains d'entre eux ont atteint leur fin, et d'autres attendent encore; et ils n'ont varié aucunement (dans leur engagement). (33:23)
    Les Compagnons dans les hadiths

    Le Prophète loua aussi les Compagnons et avertit les musulmans de ne pas les insulter ni de s'attaquer à eux. Par exemple, Bukhari, Muslim et d'autres Traditionistes rapportent de Abou Sa'id al-Khudri que le Messager les prévint ainsi:
    Ne médisez pas de mes Compagnons. Je jure par Lui, entre les mains Duquel est ma vie que même si vous aviez autant d'or que le mont Ouhoud et que vous le dépensiez sur le sentier de Dieu, cela ne vous vaudrait pas une récompense équivalente à quelques poignées venant d'eux, ni même à la moitié de cela.[4]
    Les Compagnons ont une valeur si élevée parce qu'ils ont accepté, prêché et protégé l'islam dans les circonstances les plus difficiles. De plus, selon la règle «Celui qui provoque une chose est comme celui qui la fait», la récompense gagnée par tous les musulmans à partir de cette époque-là jusqu'au Jour Dernier est ajoutée au bilan des œuvres des Compagnons, sans pour autant diminuer quoi que ce soit de la récompense des auteurs eux-mêmes. S'ils n'avaient pas fait tous ces efforts pour propager l'islam partout où ils allaient, personne n'aurait rien su de l'islam ni n'aurait pu devenir musulman. Donc, tous les musulmans d'après les Compagnons doivent se sentir infiniment endettés envers eux et, au lieu de penser à les critiquer, doivent prier pour eux:
    Et [il appartient également] à ceux qui sont venus après eux en disant: "Seigneur, pardonne-nous, ainsi qu'à nos frères qui nous ont précédés dans la foi; et ne mets dans nos cœurs aucune rancœur pour ceux qui ont cru. Seigneur, Tu es Compatissant et Très Miséricordieux". (59:10)
    Tirmidhi et Ibn Hibban citent l'avertissement de Abd Allah ibn Mughaffal, qui l'avait entendu du Messager:
    Ô Dieu! Ô Dieu! Abstenez-vous de prononcer de mauvaises paroles sur mes Compagnons! Ô Dieu! Ô Dieu! Abstenez-vous de prononcer de mauvaises paroles sur mes Compagnons! N'en faites pas la cible de vos attaques après moi! Quiconque les aime, les aime en raison de son amour pour moi; quiconque les hait, les hait en raison de sa haine contre moi. Quiconque leur fait du mal me fait du mal; quiconque me fait du mal «fait du mal» à Dieu.[5]
    Imam Muslim rapporte dans son Sahih que le Messager a déclaré:
    Les étoiles sont des moyens de sécurité pour les cieux. Quand elles seront éparpillées en désordre, la menace qui a été promise aux cieux se réalisera. Je suis le moyen de sécurité pour mes Compagnons. Quand je quitterai ce monde, la menace qui a été promise à mes Compagnons se réalisera. Mes Compagnons sont un moyen de sécurité pour ma nation. Quand ils quitteront ce monde, la menace qui a été promise à ma nation se réalisera.[6]
    Comme il est rapporté dans Bukhari, Muslim et d'autres livres de Traditions authentiques, le Messager a dit:
    Les meilleurs de ma nation sont ceux de ma génération (Compagnons), puis ceux qui viendront après eux (Tabi'un), puis ceux qui suivront ces derniers (Taba-i Tabi'un). Après vous il y aura des gens qui [aiment] à se présenter pour témoigner sans que cela ne leur soit demandé; ils trahiront et on ne pourra leur faire confiance; ils feront des vœux qu'ils ne respecteront pas; la corpulence apparaîtra parmi eux.»[7]
    L'époque des Compagnons et des deux générations suivantes était l'ère de la véracité. Des personnes d'une très grande probité et des savants très exigeants apparurent pendant ces trois premières générations. Les générations suivantes comptaient beaucoup d'individus qui mentaient et qui faisaient de faux serments afin de renforcer de fausses croyances ou d'obtenir les biens de ce monde. Il était naturel pour les menteurs et les membres des sectes hétérodoxes (de même que pour les Orientalistes aux partis pris et leurs partisans musulmans) de mentir à propos des Compagnons et des purs Imams des deux générations suivantes, puisqu'ils étaient les bastions de l'islam qui renforçaient ses piliers.

    Abou Nu'aym cite Abd Allah ibn Umar:
    Quiconque désire suivre un chemin droit doit suivre le chemin de ceux qui sont morts: les Compagnons de Mohammed. Ce sont les meilleurs de ma Oumma, dont les cœurs sont les plus purs, le savoir le plus profond, et qui sont les plus éloignés de l'hypocrisie dans la piété. Ils forment une communauté que Dieu a choisie pour la compagnie de Son Prophète et pour la transmission de Sa religion. Efforcez-vous de leur ressembler dans leur conduite et suivez leur voie. Ils sont les Compagnons de Mohammed. Je jure par Dieu, le Maître de la Ka'ba, qu'ils étaient parfaitement guidés.[8]
    Selon ce que Tabarani et Ibn Athir ont rapporté, Abd Allah ibn Mas'ud, l'un des premiers à embrasser l'islam à La Mecque et qui fut envoyé par Omar à Kufa en tant qu'enseignant, dit: «Dieu regarda les cœurs de Ses vrais serviteurs et choisit Mohammed pour l'envoyer à Ses créatures en tant que Messager. Puis Il regarda les cœurs des gens et choisit ses Compagnons pour en faire les sources d'aide pour Sa religion et les vizirs de Son Prophète.»[9] Il dit aussi:
    Vous surpassez les Compagnons au jeûne, à la prière, et dans vos efforts pour mieux adorer Dieu. Mais ils sont mailleurs que vous, car ils n'accordèrent aucune importance au monde et étaient ceux qui aspiraient le plus à l'au-delà.[10]
    Les Compagnons qui excellaient à rapporter des hadiths

    Dieu Tout-Puissant créa les êtres humains avec des dispositions et des potentiels différents de sorte que l'équilibre dans la vie sociale des hommes soit maintenu à travers l'entraide et la division du travail. Ainsi, certains Compagnons étaient de bons agriculteurs, d'autres des hommes d'affaires ou des commerçants talentueux, des étudiants, des commandants militaires, ou encore des administrateurs. Certains, surtout les Ashab as-Suffa (ceux qui restaient dans l'antichambre de la Mosquée du Prophète) ne manquaient jamais un enseignement du Prophète et essayaient de mémoriser chacune de ses paroles.
    Ces Compagnons allaient plus tard raconter aux gens ce qu'ils avaient entendu ou vu du Messager. Heureusement, ils vécurent plus longtemps que les autres par la Volonté de Dieu, et, avec Aïcha, constituèrent la première chaîne en or à travers laquelle la Sounna fut transmise. Ce qui suit est une brève description de leurs qualités exceptionnelles et de leurs vies:

    Abou Houraïra était issu de la tribu yéménite de Daws. Il devint musulman dès les tout débuts, en l'an 7 AH (Après l'Hégire), par le biais de Tufayl ibn Amr, le chef de la tribu. Quand il émigra à Médine, le Messager était occupé par la campagne de Khaybar. Il le rejoignit alors à Khaybar. Le Messager changea son nom Abd ash-Shams en Abd ar-Rahman, disant: «Un homme ne peut pas être l'esclave du soleil ou de la lune.»
    Abou Houraïra était très pauvre et modeste. Un jour, le Messager l'aperçut en train de caresser un chat et le surnomma Abou Hirr (le père ou le maître d'un chat). Bientôt les gens se mirent à l'appeler Abou Houraïra. Toutefois, il aimait à être appelé Abou Hirr, car ce titre lui avait été donné par le Messager lui-même.[11]
    Il vivait avec sa mère non musulmane. Priant toujours pour sa conversion, un jour il demanda au Messager de prier aussi pour cela. C'est ce qu'il fit, et à peine avait-il rebaissé les bras que Abou Houraïra courut chez lui, certain que la prière du Messager avait été acceptée. Quand il arriva, sa mère l'arrêta à la porte afin de pouvoir terminer son ghousl (ablution rituelle complète). Puis elle ouvrit la porte et déclara sa conversion. Après cela, Abou Houraïra demanda au Messager de prier pour que les croyants les aiment, lui et sa mère. Ainsi pria le Messager.[12] Par suite, l'amour pour Abou Houraïra est devenu une marque de croyance.

    Ce Compagnon avait une mémoire extraordinaire. Il dormait pendant le premier tiers de la nuit, priait et récitait les invocations et supplications surérogatoires pendant le deuxième tiers, et révisait les hadiths qu'il avait appris par cœur pour ne pas les oublier, pendant le troisième tiers. Il mémorisa plus de 5000 hadiths. Il ne manquait jamais un discours du Messager, cherchait à apprendre ses Traditions et était un amoureux du savoir.
    Un jour il pria: «Ô Dieu, accorde-moi un savoir que je n'oublierai jamais.» Le Messager l'entendit et dit: «Ô Dieu, amen.»[13] Un autre jour, il dit au Messager: «Ô Messager de Dieu, je ne veux pas oublier ce que j'entends de toi.» Le Messager lui demanda de retirer sa grande cape et de l'étaler par terre. Puis le Messager pria et il vida le contenu de ses mains - qui semblaient remplies de choses venant du monde de l'Invisible - sur la cape. Il ordonna à Abou Houraïra de plier la cape et de la tenir contre sa poitrine. Après le récit de cet événement, Abou Houraïra avait l'habitude de dire: «Je l'ai pliée et tenue contre ma poitrine. Je jure par Dieu que [depuis lors] je n'ai jamais rien oublié de ce que j'avais entendu du Messager.»[14]

    Abou Houraïra n'attachait aucune importance au monde. La pauvreté le poussait souvent à jeûner trois ou quatre jours d'affilée. Il lui arrivait parfois de gémir de faim par terre et de dire aux passants: Istaqra'uka, qui a un double sens: «N'y a-t-il personne pour me réciter quelque Coran?» et «N'y a-t-il personne pour me donner à manger?»[15] Ja'far Tayyar le comprenait mieux que quiconque et en faisait son hôte.[16]
    Abou Houraïra endurait patiemment une telle privation pour l'amour du Hadith. À ceux qui l'avertissaient parfois sur le fait qu'il rapportait trop de hadiths, il répondait sincèrement: «Pendant que mes frères Émigrés étaient occupés au marché et mes frères Secoureurs à l'agriculture, je m'adonnais corps et âme à la compagnie du Messager.»[17] Parfois il disait: «N'eût été pour le verset: Certes, ceux qui cachent ce que Nous avons fait descendre en fait de preuves et de guide après l'exposé que Nous en avons fait aux gens, dans le Livre, voilà ceux que Dieu maudit et que les maudisseurs maudissent (2:159), je ne rapporterais rien.»[18]

    Certains prétendent que d'autres Compagnons étaient opposés à Abou Houraïra. Cela est sans fondement. Beaucoup de Compagnons, comme Abou Ayyub al-Ansari, Abd Allah ibn Omar, Abd Allah ibn Abbas, Jabir ibn Abd Allah al-Ansari, Anas ibn Malik et Wasila ibn Aslam, rapportaient des hadiths de lui. Certains demandaient à Abou Ayyub pourquoi il rapportait de Abou Houraïra, alors qu'il s'était converti bien avant lui, à quoi il répliquait: «Il a entendu du Messager beaucoup de choses que nous n'avons pas entendues.»[19]

    De nombreux Tabi'un reçurent aussi beaucoup de hadiths de lui, y compris Hasan al-Basri, Zayd ibn Aslam, Sa'id ibn al-Musayyib (qui épousa la fille de Abou Houraïra afin de pouvoir mieux profiter de lui), Sa'id ibn Yasar, Sa'id al-Makburi, Sulayman ibn Yassar, Sha'bi (qui reçut des hadiths de cinq cents Compagnons), Muhammad ibn Abi Bakr, et Qasim ibn Muhammad (qui est reconnu comme un maillon de la chaîne des guides spirituels Nakshbandi). Hammam ibn Munabbih et Muhammad ibn Munkadir sont les plus célèbres des 800 personnes qui reçurent des hadiths de lui.[20]

    Omar désigna Abou Houraïra comme gouverneur du Bahrein. Cependant, quand il commença à accumuler quelque semblant de richesse grâce au commerce pendant la période où il était en fonction, Omar fit une enquête à son sujet. Bien qu'il fût trouvé innocent et qu'on lui demandât de reprendre ses fonctions, Abou Houraïra déclina l'offre: «J'ai été sufisamment gouverneur comme cela.»[21]
    Abou Houraïra, malgré ce que prétendent les Orientalistes comme Goldziher et leurs partisans musulmans comme Ahmad Amin, Abou Rayya, and Ali Abd al-Razzaq, n'a jamais été un anti-Ali ni un pro-Omeyyade. Il aurait dû soutenir Ali lors des conflits internes afin que la sédition fût écrasée, mais décida de rester neutre car le Messager avait dit: «Des séditions apparaîtront, durant lesquelles celui qui sera assis [silencieux] sera meilleur que celui qui sera debout [pour participer]; celui qui sera debout sera meilleur que celui qui marchera [pour participer], et celui qui marchera sera meilleur que celui qui courra.»[22] Ce hadith n'était peut-être pas lié aux conflits internes qui survinrent durant le califat de Ali, mais Abou Houraïra pensait que oui et resta donc neutre.
    Abou Houraïra s'opposa au gouvernement Omeyyade. Une fois, il se tint debout devant Marwan ibn Hakam et rapporta ce hadith: «Ma communauté périra entre les mains de quelques jeunes inexpérimentés de Qoraïche.»[23] Marwan répondit à cela: «Que Dieu les maudisse!», feignant de ne pas comprendre de qui il s'agissait. Abou Houraïra ajouta: «Si tu veux, je peux t'informer de leurs noms et de leurs caractéristiques.»
    On l'entendait souvent prier: «Ô Dieu, ne me fais pas vivre jusqu'à la soixantième année.»[24] Cette supplication était devenue si célèbre que tous ceux qui voyaient Abou Houraïra la répétait. Il avait entendu du Messager que quelques jeunes hommes, sans expériences et qui plus est pécheurs, allaient régner sur les musulmans en l'an 60 AH. Il mourut en 59 AH, et Yazid succéda à son père Mu'awiya un an plus tard.
    Il n'y a aucune preuve de la prétendue opposition de Aïcha à la transmission des hadiths par Abou Houraïra. Tous les deux vécurent très longtemps et, exception faite de l'incident suivant, elle ne critiqua jamais ses narrations de hadiths. Un jour, alors qu'il rapportait des hadiths non loin de la pièce dans laquelle elle priait, elle termina sa prière et sortit, s'apercevant qu'il était parti. Elle remarqua: «Les Traditions Prophétiques ne devraient pas être rapportées de cette manière, l'une après l'autre sans arrêt»[25], signifiant qu'elles devraient être communiquées lentement et distinctement afin que les auditeurs puissent bien les comprendre et les mémoriser.
    D'aucuns prétendent que Imam Abou Hanifa aurait dit: «Je ne prends pas les opinions de trois Compagnons comme preuve en jurisprudence. Abou Houraïra est l'un dentre eux.» Cela n'est que mensonge. Allama Ibn Humam, l'un des plus grands juristes Hanéfites, considérait Abou Houraïra comme un juriste important. D'ailleurs, il n'y a rien qui prouve que Abou Hanifa ait pu dire une telle chose.
    Abou Houraïra rapporta plus de 5000 Traditions. Rassemblées, elles forment peut-être un volume 1,5 fois plus épais que le Coran. Beaucoup ont appris le Coran par cœur en six mois ou moins. Abou Houraïra avait une excellente mémoire et passa quatre années en compagnie du Messager, qui pria pour le renforcement de la mémoire de Abou Houraïra. Il reviendrait à accuser Abou Houraïra d'un manque d'intelligence que de prétendre qu'il n'aurait pas pu mémoriser autant de hadiths. De plus, toutes les Traditions qu'il rapportait ne venaient pas directement du Messager. De même que de grands Compagnons comme Abou Bakr, Omar, Ubayy ibn Ka'b, Aïsha et Abou Ayyub al-Ansari rapportait de lui, lui aussi recevait des hadiths d'eux.
    Tandis que Abou Houraïra transmettait des hadiths en présence de Marwan ibn Hakam en différentes occasions, ce dernier les faisait écrire secrètement à son scribe. Quelques temps plus tard, il demanda à Abou Houraïra de répéter lesdits hadiths. Abou Houraïra commença par prononcer BismillâhirRahmanirRahîm (Au Nom de Dieu le Très Miséricordieux, le Tout-Miséricordieux), et rapporta les hadiths en employant exactement les mêmes mots que la fois précédente.[26] Il n'y a donc aucune raison de le critiquer pour avoir transmis autant de Traditions Prophétiques.


    Abd Allah Ibn Abbas est né quatre ou cinq ans avant l'hégire. Il avait une intelligence et une mémoire étonnantes, et était un homme inspiré. Le Messager pria pour lui: «Ô Dieu, rends-le perceptif et versé dans la religion, et enseigne-lui les vérités cachées du Coran.»[27] De son vivant, il devint connu comme «le Grand Savant de la Oumma», «la Mer» (celui doté d'un savoir très profond), ou encore «le Traducteur (qui clarifie) le Coran».[28]
    Il était très beau, grand et très éloquent. Sa mémoire était si exceptionnelle qu'il mémorisa un poème de 160 vers de Amr ibn Rabi'a dès la première lecture. En plus de sa profonde connaissance de l'interprétation coranique, de la Tradition et de la jurisprudence, il était aussi versé dans la littérature, et surtout dans la poésie pré-islamique. Dans son Tafsir, Ibn Jarir at-Tabari rapporte soit un vers soit un distique de lui en relation à l'interprétation de presque chaque verset du Coran.
    Il était très aimé des Compagnons. Malgré son jeune âge, Omar le désigna dans son Conseil Consultatif qui était composé de Compagnons âgés. Quand on lui demanda pourquoi il avait fait cela, Omar décida de tester leur niveau de compréhension du Coran. Il leur demanda d'expliquer:
    Lorsque vient le secours de Dieu ainsi que la victoire, et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion de Dieu, alors, par la louange, célèbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon. Car c'est Lui le grand Accueillant au repentir. (110:1-3)
    Les anciens répondirent: «Ce verset ordonne au Prophète de louer Dieu et de chercher Son pardon quand il voit les gens entrer en foule en islam suite à l'aide de Dieu et à la victoire conséquente.» Omar n'étant pas satisfait par cette réponse, il posa la même question à Ibn Abbas, qui répondit ainsi: «Cette sourate implique l'approche de la mort du Prophète, car quand les gens entrent en foule en islam, cela signifie que la mission de Messager est terminée.» Omar se tourna vers le Conseil et s'expliqua: «Voilà pourquoi je l'inclus parmi vous.»[29]

    Ibn Abbas était réputé pour sa profonde pénétration, son érudition, son excellente mémoire, sa grande intelligence, sa clairvoyance et sa modestie. Quand il entrait dans un lieu de reassemblement, les gens se levaient par respect pour lui. Cela le mettait si mal à l'aise qu'il leur disait: «S'il vous plaît, par égard pour l'aide et le refuge (que vous avez donnés au Prophète et aux Émigrés), ne vous levez pas pour moi!» Bien qu'il fût l'un des musulmans les plus érudits, il montrait un grand respect envers les savants. Par exemple, il aida Zayd ibn Thabit à monter sur son cheval en tenant prêt l'étrier et expliqua: «On nous a ordonné d'agir ainsi envers les savants.» En retour, Zayd baisa sa main sans son consentement et remarqua: «On nous a ordonné d'agir ainsi envers les proches du Messager.»[30]
    En effet, Ibn Abbas n'aimait pas voir les gens se lever par respect pour lui. Toutefois, lors de son enterrement, quelque chose arriva comme si les morts se levaient par respect pour lui et les esprits l'accueillaient. Une voix d'outre-tombe s'éleva: Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. (89:27-30)[31]
    Ibn Abbas forma beaucoup de savants dans toutes les branches des sciences religieuses. Il est le fondateur de l'école de jurisprudence mecquoise. De grands savants Tabi'un comme Sa'id ibn Jubayr, Mujahid ibn Jabr et Ikrima reconnurent: «Ibn Abbas nous enseigna tout ce que nous savons.» Il transmit environ 1600 hadiths.


    Abd Allah Ibn Omar était le seul des neuf fils de Omar à être appelé ibn Omar (le fils de Omar). Cela montre qu'il méritait le plus d'être appelé «le fils de Omar» (Ibn Omar) ou d'être mentionné avec le nom Omar. Bien que Omar fût le deuxième plus grand Compagnon, Abd Allah peut être considéré supérieur à son père eu égard à son savoir, sa piété, son adoration et sa dévotion à la Sounna. Il s'attachait tellement à suivre l'exemple du Prophète que Nafi, le maître de Imam Malik, rapporta: «Tandis que nous descendions du mont Arafat, Ibn Omar entra dans un fossé. Quand il en ressortit, je lui demandai ce qu'il y avait fait. L'Imam me répondit: 'Lors de la descente de Arafat, j'étais derrière le Messager. Il descendit dans ce fossé et s'y attarda un peu. Je ne ressentais pas un tel besoin, mais je n'aime pas m'opposer à lui.'»[32] De même, personne ne le vit jamais boire en plus ou moins de trois gorgées, car il avait vu le Messager boire de l'eau en trois gorgées.
    Ibn Omar naquit durant les premières années de l'islam. Il vit plusieurs fois son père se faire battre par des polythéistes mecquois.[33] Quand les musulmans émigrèrent à Médine, il avait à peu près 10 ans. Le Messager ne l'autorisa pas à se battre à Badr parce qu'il était trop jeune. Quand on l'empêcha aussi de se battre à Ouhoud, il rentra chez lui si affligé qu'il passa toute la nuit à se demander: «Quel péché ai-je commis pour ne pas être accepté dans les rangs de l'armée qui se bat sur le chemin de Dieu?»[34]

    Ibn Khalliqan rapporte de Sha'bi:
    Une fois, durant leur jeunesse, Abd Allah ibn Zubayr, son frère Mus'ab ibn Zubayr, Abd al-Malik ibn Marwan et Abd Allah ibn Omar étaient assis près de la Ka'ba. Ils pensaient que chacun devrait demander quelque chose à Dieu dans l'espoir que leur prière fût acceptée. Abd Allah ibn Zubayr pria: «Ô Dieu, par égard pour Ta Grandeur, Ton Honneur, et Ta Majesté, fais de moi un dirigeant dans le Hidjaz.» Mus'ab leva les bras et pria: «Ô Dieu, par égard pour Ta Grandeur, Ton Honneur, et Ta Majesté, de Ton Trône et de Ton Siège, fais de moi un dirigeant d'Irak.» Abd al-Malik leva les mains et pria: «Ô Dieu, je Te demande de faire de moi un dirigeant pour tous les musulmans et assure, par moi, l'unité des musulmans même au risque de quelques vies.» Quand Abd Allah ibn Omar pria, il demanda: «Ô Dieu, ne prends pas mon âme avant de m'avoir garanti le Paradis.»[35]
    Les prières des trois premiers furent exaucées: Abd Allah ibn Zubayr régna pour un temps sur le Hidjaz et finit par être martyrisé par le tyran Hajjaj, célèbre gouverneur Omeyyade. Mus'ab régna pendant peu de temps sur l'Irak. Abd al-Malik succéda à son père Marwan comme calife et assura l'unité musulmane, mais au prix de nombreuses vies et de beaucoup d'effusion de sang.
    Quantà Ibn Omar, Imam Sha'bi remarque: «Seul l'au-delà montrera si la prière de l'Imam fut exaucée ou pas.» Sha'bi savait quelque chose: «Ibn Omar ne s'opposa jamais aux descendants du Prophète ni ne soutint les Omeyyades. Hajjaj avait peur de lui. Un jour, Hajjaj donna un sermon avant la prière du midi qui était si long que le temps de la prière du midi était presque passé. Ibn Omar l'avertit: «Ô Gouverneur, le temps passe sans attendre que tu ne termines ton sermon.» Hajjaj était plein de rancœur et d'hostilité envers Ibn Omar. Finalement, pendant un pèlerinage, il trouva quelqu'un pour piquer le talon de Ibn Omar avec une lance empoisonnée alors qu'il était en tenue de pèlerin. Le poison avait fini par le tuer.»[36]


    Abd Allah ibn Mas'ud, l'un des cinq ou six premiers à embrasser l'islam, transmit aussi un très grand nombre de hadiths. Jeune, il faisait paître les troupeaux des leaders qoraïchites comme Abou Jahl et Uqba ibn Abi Mu'ayt. Après sa conversion, il ne se sépara plus jamais du Messager. Il entrait dans la maison du Prophète sans y être invité et de façon si régulière que les gens pensaient qu'il était un membre de la famille. Pendant les expéditions militaires et non-militaires, il portait la gourde d'eau du Prophète, ses sandales en bois, ainsi que la natte sur laquelle il dormait ou s'asseyait. Finalement, on se mit à parler de lui comme du «gardien des (sortes de) sandales, du lit et de la gourde (destinée aux ablutions).»[37]
    Ibn Mas'ud accomplit quelques miracles. Par exemple, alors qu'on le torturait à La Mecque, il devint invisible à ceux qui le torturaient. Le Messager l'appelait «le fils de la mère d'un esclave» et conseillait à ses Compagnons: «Quiconque veut réciter le Coran comme s'il lui était en train d'être révélé pour la première fois, qu'il le récite selon la récitation du fils de la mère d'un esclave.»[38]

    Un jour, le Messager lui demanda de lui réciter un peu de Coran. Ibn Mas'ud s'excusa: «Ô Messager de Dieu, devrais-je te le réciter alors que c'est à toi que le Coran est révélé?» Cependant, le Messager insista: «Je préfèrerais l'entendre des autres.» Ibn Mas'ud se mit à réciter la sourate al-Nisa'. Quand il arriva au verset 41: Comment seront-ils quand Nous ferons venir de chaque communauté un témoin et que Nous te (Mohammed) ferons venir comme témoin contre ces gens-ci?, le Messager, dont les yeux étaient remplis de larmes, l'arrêta en disant: «Arrête, s'il te plaît. Cela suffit.»[39]
    Ibn Mas'ud, qui était petit et faible, grimpa un jour sur un arbre parce que le Messager le lui avait demandé. Ceux qui étaient présents se moquèrent de ses jambes. Le Messager les avertit ainsi: «Ces jambes pèseront plus lourd que le Mont Ouhoud selon la mesure de l'au-delà dans l'autre monde.»[40]

    Le calife Omar l'envoya à Kufa comme enseignant avec une lettre qui disait: «Ô gens de Kufa! Si je ne vous préférais pas à moi-même, je ne vous aurais pas envoyé Ibn Mas'ud.»[41] Ibn Mas'ud vécut à Kufa pendant le califat de Omar et forma beaucoup de savants. De grands érudits Tabi'un comme Alqama ibn Qays, Aswad ibn Yazid an-Nakha'i et Ibrahim ibn Yazid al- an-Nakha'i grandirent dans l'atmosphère unique créée par Ibn Mas'ud. L'une des personnes assistant aux cours de Alqama lui demanda qui avait été son maître. Quand Alqama répondit qu'il avait appris auprès de Omar, Othman, Ali et Ibn Mas'ud, l'homme s'exclama: «Bien! Très Bien!»
    Ibn Mas'ud continua à vivre à Kufa pendant le califat de Omar. Cependant, après que Othman le convoqua à Médine à cause d'une plainte sans fondement qui lui était adressée, Ibn Mas'ud ne voulut pas retourner à Kufa, car il était devenu très âgé. Un jour, un homme courut vers lui et dit: «La nuit dernière j'ai rêvé que le Messager te disait: 'Ils t'ont beaucoup affligé après moi, alors viens à moi.' Tu as répondu: 'Oui, ô Messager de Dieu. Je ne quitterai plus Médine.'» Quelques jours plus tard, Ibn Mas'ud tomba malade. Othman le visita, et ils eurent la conversation suivante:
    - As-tu un quelconque sujet de plainte?
    - J'ai beaucoup à me plaindre.
    - De quoi?
    - De mes péchés tandis que je vais à Dieu.
    - Y a-t-il quelque chose que tu désires?
    - La miséricorde de Dieu.
    - Veux-tu que je fasse venir un docteur?
    - De toute façon, c'est le «docteur» qui m'a rendu malade. Le docteur que tu feras venir ne pourra donc rien pour moi.

    Ibn Mas'ud passa environ vingt années en compagnie du Messager. Il rapporta près de 800 Traditions.[42]
    * * *
    En plus de ces quatre Compagnons, Aïcha, Abou Sa'id al-Khudri, Jabir ibn Abd Allah et Anas ibn Malik sont d'autres Compagnons qui ont aussi rapporté de nombreux hadiths.


    Aïcha vécut avec le Messager pendant neuf ans. Elle avait beaucoup de talents, une grande intelligence et une excellente mémoire, ainsi qu'une profonde perspicacité. Elle avait soif d'apprendre toujours de nouvelles choses, et demandait au Messager de lui expliquer les sujets qu'elle avait du mal à comprendre.


    Abou Sa'id al-Khudri vivait dans l'antichambre de la mosquée et était toujours aux côtés du Messager. Il eut une longue vie, et le temps vint où il fut considéré comme la personne la plus savante de Médine.


    Jabir Ibn Abd Allah est le fils de Abd Allah ibn Amr ibn Haram al-Ansari, qui mourut martyr à Ouhoud. Après la mort du Messager, il vécut à Médine (où il donnait des leçons à la Mosquée du Prophète), en Egypte et à Damas. De grands savants Tabi'un comme Amr ibn Dinar, Mujahid et Ata ibn Abi Rabah assistèrent à ses leçons.[43] Les gens se rassemblaient autour de lui à Damas et en Egypte pour en savoir plus sur le Messager et ses traditions.


    Anas Ibn Malik servit le Messager pendant dix ans à Médine. Après la mort du Messager, il eut une très longue vie, durant laquelle il a dû enseigner les Traditions Prophétiques à son entourage.

    Toutes les Traditions enregistrées dans Kanz al-Ummal, y compris des hadiths authentiques aussi bien que d'autres dont la chaîne de transmission est douteuse, sont au nombre de 46 624. Parmi les Traditionistes des premiers temps islamiques, beaucoup de gens mémorisèrent plus de 100 000 hadiths, y compris les hadiths fabriqués. Etant donné cela, les sceptiques et les détracteurs de la Sounna n'ont pas à prétendre que le nombre de hadiths rapporté par certains Compagnons serait trop pour qu'ils aient pu effectivement les mémoriser et les rapporter.


    [1] Haythami, Majma' az-Zawa'id, 1:57; Hindi, Kanz al-'Ummal, 13:353
    [2]Ibn Hajar, 1:10
    [3] Bukhari, "Tafsir," 59/6
    [4]Bukhari, "Fadha'il al-Ashab," 5; Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 221
    [5]Tirmidhi, "Manaqib," 58; Ibn Hibban, 9:189; Ibn Hanbal, 5:57
    [6]Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 207
    [7]Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 212; Bukhari, "Fadha'il al-Ashab," 1


    [8] Abu Nu'aym, Hilya, 1:305
    [9] Ibid., 1:375
    [10] Ibid., 1:135
    [11]Ibn Hajar, 4:202
    [12]Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 158; Ibn Sa'd, 4:328
    [13] Hakim, Mustadrak, 3:508
    [14] Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 159; Ibn Sa'd, 4:329, 330
    [15]Bukhari, "At'ima," 1
    [16]Bukhari, "Fadha'il al-Ashab," 10
    [17]Bukhari, "'Ilm," 42; Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 159; Ibn Sa'd, 4:332
    [18] Ibn Sa'd, 4:330-1
    [19]Hakim, 3:512; Ibn Kathir, Al-Bidaya, 8:109
    [20] Ibn Hajar, 4:205
    [21] Ibn Sa'd, 4:335-6; Ibn Athir, 6:321; Ibn Hajar, 4:210
    [22]Bukhari, "Fitan," 9; Muslim, "Fitan," 10
    [23] Bukhari, "Fitan," 3; Ibn Hanbal, 2:288
    [24] Ibn Kathir, 8:122
    [25] Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 160
    [26]Hakim, "Mustadrak," 3:509-10
    [27]Bukhari, "Wudu'," 10; Muslim, "Fadha'il as-Sahaba," 138
    [28] Ibn Athir, 3:291
    [29]Bukhari, "Tafsir," 110/3
    [30] Ibn Hajar, 2:332
    [31] Ibn Kathir, Tafsir: Surat al-Fajr, verses 27-30; Haythami, Majma', 9:285
    [32] Ibn Hanbal, Musnad, 2:131
    [33] Ibn Hisham, Sira, 1:374
    [34]Bukhari, "Maghazi," 6; Ibn Sa'd, 4:143
    [35] Ibn Khalliqan, Wafayat al-A'yan, 2:30
    [36] Ibn Sa'd, 4:185-87
    [37]Bukhari, "Fadha'il al-Ashab," 27; Ibn Sa'd, 3:153
    [38] Ibn Maja, "Muqaddima," 11; Hakim, Mustadrak, 2:318; Ibn Hajar, Al-Isaba, 2:369
    [39] Tirmidhi, "Tafsir al-Qur'an," 5
    [40] Ibn Sa'd, 3:155
    [41] Ibid., 157
    [42] Ibn Kathir, 7:183
    [43] Ibn Hajar, 1:213



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