Quelle est la position des 4 écoles juridiques sur le statut de la hadra soufie ?
L'école Shafi'ite
Réponse de Shaykh Amjad Rasheed
Question
Quel est le statut de la hadra soufie dans l’école shafi’ite ?
Préliminaires
[La hadra soufie est une forme de dhikr en groupe où les participants sont le plus souvent debout, en cercle. En fonction de l'ordre soufi, elle peut contenir des éléments tels que des chants, des danses et de la musique.]
Réponse
Le statut juridique dépend du contexte. [1] Tout ce qui a été prouvé comme étant interdit n'est pas permis, et tout ce qui a été prouvé comme étant permis l'est. Si la hadra contient des éléments interdits, comme le mélange entre hommes et femmes étrangers d'une manière qui puisse mener à la tentation et à des regards indécents, alors y assister est interdit. De même, si on y [dans la hadra] joue des instruments interdits comme le kubah (un tambour large à ses extrémités et étroit au milieu), le mizmar ([un instrument en bois comparable la flûte]), le luth ('ud en Arabe), ainsi que d'autres instruments du même type, alors y assister est interdit. Quant au duff ([un tambour mince, ressemblant au tambourin mais sans cymbale en métal]) et les tambours larges à la fois aux extrémités et au milieu, il est permis aux hommes comme aux femmes d'en jouer d'après notre école, durant les mariages et d'autres circonstances. Si la hadra est exempte d'éléments interdits et comprend le rappel d'Allah - qu'Il soit exalté tel qu'Il le mérite - et l'éloge de Son Prophète (paix et bénédictions sur lui), alors tout cela est clairement recommandé par la Loi Islamique d'après le consensus des Musulmans. Si on y ajoute des mouvements, comme le font certains Soufis, il n'y a pas de mal à cela, car danser est permis aux hommes et aux femmes dans notre école tant qu'ils ne contiennent pas de mouvements efféminés et licencieux comparables à ceux des gens égarés et sans pudeur. Autrement [(Si la hadra contient de tels mouvements)], elle est interdite. L'imam Ibn Hajar al Haythami, le dernier imam muharrir [2] de notre école, a été interrogé à propos des soufis qui dansent durant leur extase et il a soutenu leur pratique. Il a dit : "Il est permis de se mettre debout et de danser durant les réunions de rappel (d'Allah) et d'audition d'après un groupe de savants parmi lesquels Shaykh al Islam Ibn Abdussalam." (Fatawa Hadithiyya, p. 298)
Al-Jalal As-Suyuti, l'imam et maître du hadith, a été interrogé sur la danse soufie : est-il permis de rejeter ceux qui s'y adonnent ? Il a répondu qu'il n'était pas permis de les rejeter et que celui qui agissait ainsi se trompait. Il l'a rapporté d'un groupe de savants (al-Hawi li'l-Fatawi).
La conclusion est que si quelqu'un souhaite le faire [(c'est--dire assister une hadra) en observant les règles susmentionnées, il n'est pas permis de le rejeter car, au pire, le sujet fait objet de divergence. Il n'est pas permis de rejeter une personne qui fait [un acte sur lequel il y a divergence], comme l'ont dit l'imam al Ghazali (Ihya), An-Nawawi (Sharh Sahih Muslim), Al-'Izz Ibn Abdussalam (Shajarah Al-Ahwal Wa Al-Ma'arif) et d'autres.
Notes
[1] Le statut d'une chose dépend de son contexte est une maxime de logique classique. Elle signifie qu'avant de passer un jugement sur une question, il faut la comprendre correctement.
[2] L'imam muharrir est celui qui a l'autorité suffisante pour identifier les positions fortes et faibles au sein d'une école.
Amjad Rasheed
Amman, Jordan
(Traduit par Hamza Karamali et Moustafa Elqabbany)
http://www.sunnipath.com/resources/Ques ... 03072.aspx
L'école hanafite
Réponse de Shaykh Faraz Rabbani
Question
Le dhikr en groupe comprenant de la poésie spirituelle chantée et des balancements rythmiques – la hadra – est-il permis ?
Réponse
Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,
Oui, la hadra en elle-même est permise, comme les écrits des principales autorités hanafites l’indiquent clairement.
Parmi les imams de l’école hanafite l’ayant permis explicitement, on trouve Shaykh al-Islam Ibn Kamal Basha, l’Imam Shurunbulali, Sayyid Abd al-Ghani al-Nablusi, `Allama Abd al-Qadir `Isa – qui cite des preuves l’autorisant en provenance des principaux ouvrages de référence hanafites, dont Ibn Abidin – et l’Imam Ashraf Ali al-Tahanawi dans son livre Imdad al-Fatawa (volume 5, page 151).
Il s’agit simplement d’une manière d’accomplir la sounna générale du dhikr en groupe, dont l’encouragement général et inconditionnel est authentiquement établi par de nombreux hadiths du Messager d’Allah (que la paix et la bénédiction soient sur lui).
Faraz Rabbani
http://www.sunnipath.com/resources/Ques ... 05368.aspx
L'école hanbalite
Réponse de Shaykh Musa Furber
Question
As-salam `alaykoum,
Quelle est l’opinion de l’école hanbalite (aussi bien celle des savants classiques des premiers temps que celle de ceux qui sont venus plus tard, y compris les figures controversées) au sujet de la hadra (la forme de dhirk soufi où on se tient debout/on danse) ?
Réponse
wa `alaykoum as-salam wa rahmatoullahi wa barakatouhou
Les livres indiquent que les savants du madhhab hanbalite, comme ce fut également le cas dans les autres écoles, n’ont pas eu un consensus concernant la hadra.
Un savant résolument contre la hadra était Ibn al-Jawzi. Ceci peut être vu dans Mukhtasar Minhaj al-Qasidin, Ahkam al-Nisa` et Talbis Iblis. D’après ses témoignages de ce qui se passait dans les hadras de son temps, ceci était totalement justifié. Les hadras dont il parlait étaient des rassemblements de zanadiqa et elles étaient des assemblées de corruption morale.
Et un savant qui était un partisan de la hadra n’était nul autre qu’as-Safarini, le savant hanbalite postérieur qui est l’auteur d’un des meilleurs livres de `aqida athari ainsi que de Ghidha al-Lubab Sharh Alfiya al-Adab. Sheikh `Abd al-Qadir `Isa cite fréquemement Ghidha al-Lubab dans son livre Haqa`iq `an at-Tasawwuf. En plus d’être un savant du plus haut niveau en fiqh hanbalite et en `aqida, il était également un élève du grand sheikh soufi hanafite `Abd al-Ghani al-Nablusi.
Quelque chose que l’on doit garder à l’esprit est que beaucoup des éléments qu’Ibn al-Jawzi a condamnés, ont été également condamnés par as-Safarini et les autres partisans de la hadra. Les partisans de la hadra y mettent des conditions.
Un sujet aussi délicat et controversé mérite une étude détaillée, ne serait ce que pour montrer à chaque camp qu’il y a suffisamment de preuves pour établir un respect mutuel. Nous avons tous, in sha Allah, des choses plus importantes à faire. Comme pratiquer concrètement la tazkiyat an-nafs au lieu d’en parler théoriquement et de continuer à souiller nos langues.
Qu’Allah soit satisfait de tous les savants de l’islam et qu’Il leur fasse tous miséricorde.
Et Allah est plus savant.
Was-salamou `alaykoum
Réponse de Shaykh Musa Furber
http://mac.abc.se/home/onesr/h/111.html
L'école Malikite
Réponse de Shaykh Abu Qanit ash-Sharif al-Hasani
Question
Y a-t-il un avis mashhur concernant la hadra dans l'école malikite? J'ai entendu que les malikites tendent à être moins enthousiastes à ce sujet que ne le sont les shafi’ites. Je pense qu’il doit s’agir plutôt d’une question axée sur la méthodologie [adoptée par le sheikh], et j'imagine qu'on l’on suit son sheikh de tasawwuf sur cette question.
Réponse
On suit les sheikhs du tasawwuf sur cette question. Le jugement de la hadra est vraiment en dehors du domaine des savants qui comprennent uniquement les mouvements et les sons externes (les fuqaha` exotéristes). Le jugement ne peut être donné que par ceux qui le comprennent sous tous ses aspects. Nous croyons que l’opposition à la hadra exprimée dans certains cercles malikites est due à une compréhension trop simpliste d’une narration de l’imam Malik disant qu’il a interdit le chant. L’explication de cette narration a été traitée par Ibn Juzayy al-Kalbi dans al-Qawanin al-Fiqhiyya [ volume 1, page 370, lignes 6 à 10, {livre 21, chapitre 6, point 12, le chant} ].
Cependant, il n’est pas vrai que les fuqaha` exotéristes malikites soient les seuls qui y soient opposés ni ceux qui y soient le plus ardemment opposés. Il semblerait que la plupart des savants exotéristes (qu’ils soient dhahirites, shafi’ites, hanafites ou hanbalites) qui comprennent uniquement les mouvement et les sons (et n’ont pas de véritable compréhension de la spiritualité) ont émis des opinions négatives à propos de la hadra.
Le jugement de la hadra en fin de compte est résumé par Ibn Banna al-Sarqusti dans son livre al-Mabahith al-Asliyya (ligne 218) :
« Et le jugement [de la hadra] selon le meilleur des jugements est que l’opinion de l’Irak n’est pas celle de la Syrie. »
En d’autres termes, aucune déclaration concluante ne sera jamais émise par la totalité des savants de notre dîn sur ce sujet. Ceux qui produisent des «fatwas» sur de tels sujets (par exemple, de «petits livres» qu’ils distribuent mettant en garde les gens à propos de l’égarement de ceux qui sont liés au tasawwuf) devraient faire un pas en arrière et ils réaliseraient alors leur fermeture d’esprit et leur incapacité à saisir la totalité du sujet traité.
http://guidinghelper.com/qna/ihsan.html







Répondre avec citation
