Son fils a ensuite décrit la vie de cAyâd et ses vertus: il était “de bonne compagnie, abondant en anecdotes et nouvelles, agréable, de belle parole, de logique impeccable, à la rareté intelligente, à la plaisanterie douce, tendre, patient, indulgent ; il aplanit les écueils, il est sociable, de moeurs nobles, souriant, réprouvant l’affectation exagérée , la sienne ou celle à son égard, récuse l’obligation des gens ainsi que leur préjudice, juste autant envers soi qu’envers les hommes de sciences, affectueux pour les disciples, les incitant à la quête du savoir, nivelant les voies, anticipant à s’acquitter des nécessités des gens, modeste sans orgueil, généreux et bienveillant sans égal, charitable, compatissant, ayant du coeur à l’ouvrage et à l’effort, jeûnant et priant, assidu à la lecture du Coran au tiers dernier de chaque nuit, sans relâche sauf malgré lui, dévot vertueux, homme de justice, bibliophile en quête de science jusqu’à sa mort ; son orthographe était parfaite, sa transcription sans vice et l’écriture minutieuse, maître dans l’enregistrement et la consignation des récits ; il était un écrivain apprécié, prolifique dans les diverses branches du savoir, affable sans faiblesse, rigoureux quant à l’équité ne craignant de blâme que de Dieu, il recourait pour ses droits à la bienveillance et la conciliation et vaquait aux affaires des gens pareillement tant que possible. Il se montrait prévenant à l’égard des princes mais ne souffrait leur manquement à la justice, s’y opposant, les défiant et leur imposant de s’acquitter des besoins de leurs sujets ; bien aimé du commun des gens comme de l’élite, il était de grande renommée, raffiné, beau et d’élégante prestance”.
L’assertion du fils de cAyâd faisant de celui-ci le bien-aimé de toutes gens et de l’élite est confirmée par l’événement de l’investiture de Yûssuf ibn Makhlûf comme wali de Sabta par Abdel Mûmîn. L’on avait alors crié haut que le wali comptait attenter à la vie d’Al-qâdî, l’imam et âlim Abî Al Fadl cAyâd, sur quoi Sabta s’est soulevé, déclarant la révolte contre les Almohades et assassinant le wali et sa cour.
Al-qâdî cAyâd, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde, a laissé un fils vertueux. Celui-lui a tenu la biographie de son père, a fait connaître son patrimoine scientifique et l’a suppléé dans la charge de la justice, digne en cela de son antécédence. cAyâd a légué plus de trente livres de référence dont la postérité a sauvegardé Tartib Al-Madârik, Machâreq Al-anouâr, At-tanbîhât, Ikmâl Al-mucallim, Al-ilmâc, Al-ghania, bughiat Ar-râid, Al-iclâm bi Hudûd qawâcid al-islâm et Ach-chifâ, bi tacrîf huqûq Al-Mustafâ.
Ach-chifâ est considéré comme le chef-d’oeuvre d’Al-qâdî cAyâd, largement répandu, évoqué, unanimement, mieux qu’un autre ouvrage marocain, apprécié et béni parmi les élites et l’ordinaire des gens. Dans son éloge du livre, l’un des savants malékites, ibn Farhûn, dit: “ cAyâd y a été inspiré, ses pareils lui ont reconnu sa compétence, aucun n’a pu lui en disputer l’originalité ni lui en renier la primauté. Ils ont en revanche aspiré à s’y atteler et ont avoué l’intérêt de sa lecture. Les gens l’ont porté à leur chevet, et ses manuscrits se sont propagés d’est en ouest”. Feu Mohamed Al-Manûni lui a consacré une étude approfondie d’après ses récits et ses récitateurs, à l’instar de son approche du Sahîh Al-bukhârî dans les études marocaines. Personne n’est sans ignorer que la majorité des gens mettent sur le même piédestal ces deux oeuvres quant à leur aura, la bénédiction qui les entoure et leur destination prophylactique. A propos de Ach-chifâ, d’aucuns ont confié:
Ach-chifa n’est autre que le livre et des coeurs et des corps malades
Ahmed Al-maqrî a composé dans Azhâr Ar-riyâd une somme des panégyriques des culamâs du Maghreb et du Machrek consacrés à ce livre béni, que seul le Cheikh taqiy Addîn ibn Tayymiya a dédaigné. L’on rapporte de lui qu’il aurait dit à la lecture de Ach-chifâ: “ce Maghrébin a exagéré”, critique contre laquelle ont d’ailleurs répliqué Ibn cArafa et d’autres. Al-maqrî a évoqué également ceux qui se sont évertués à l’explication de Ach-chifâ et à son commentaire. Ainsi, réalisons-nous la caractéristique de ce livre au regard de nombreux écrits dédiés à la Sîra du Messager, dont ceux relatifs aux signes et aux preuves de la prophétie:
Tous ont prétendu guérir mais nul n'a apporté ach-chifa que Ayad
Ahmad Al-maqrî ajoute: “Des paroles aussi délicieuses à l’écoute, aisées et lumineuses sur la description du Prophète, que la prière et le salut soient sur lui, le miracle du Coran les qualifie de souffles divins et de dons éternelles, attribués à cet imam par Dieu qui l’en a orné de son abondance savamment ordonnée. Cela est le don de Dieu dont il rétribue qui il veut et Dieu est le rétributeur magnifique. Ibn Sacd At-tilimsânî rapporte dans An-najm At-tâqib qu’un homme pieux a dit: “j’ai eu une vision d’Al-qâdî Abâ Al-fadl, après sa mort, se tenant sur son séant dans un lit aux piliers en or au milieu d’un palais magnifique. Il m’interrogeait sur telle chose et je répondais: Mon maître! vous en aviez dit dans votre livre marqué par ach-chifâ telle et telle chose. Alors, il me disait: -?tes-vous en possession de ce livre? –Oui. – Prends-en soin, Dieu m’en a rendu grâce et m’a fait don de ce que tu vois”. De plus, les marocains ont pris l’habitude de répéter: sans cAyâd l’on n’aurait évoqué le Maghreb ; de même: sans Ach-chifâ l’on n’aurait évoqué cAyâd. Al-cârifî Al-halfâoui l’exprime tel que dans son livre Chams Al-macifa: “ Les culamâs ont dit sans cAyâd nulle part n’aurait été évoqué le Maghreb et les doctes ont dit: sans Ach-chifâ nulle part dans les écritures n’aurait été évoqué cAyâd, parce que d’autres ont laissé plus d’oeuvres sans pour autant qu’ils soient connus”. L’on considère comme une grâce de Ach-chifâ sur cAyâd, l’apparition de sa dépouille en 712 de l’hégire, suite à une fouille qui en a situé la sépulture et en a indiqué la date, après être demeurée longuement cachée. La chose a rempli de liesse les fuqahâs. Le qâdî de Marrakech, Abû Ishâq ibn As-sabbâgh, lui a édifié une coupole majestueuse à quarte façades et a obligé les docteurs de loi de s’y rendre afin d’y réciter le Coran. Nous pensons que c’est l’Etat mérinide, qui mît un terme à l’idéologie almohade, qui a été derrière l’intérêt dévolu à la manifestation et la construction du mausolée d’Al-qâdî cAyâd ainsi que pour d’autres parmi ceux à subir les persécutions du règne almohade, tel Abi Ishâq Al-balafîqî communément appelé sidi Ishâq. Le mausolée d’Al-qâdî cAyâd est devenu depuis lors un lieu de pèlerinage qui procure la bénédiction aux rois comme aux autres. D’après le Musnad d’Ibn Marzûq, le sultan Abu Al-Hassan Al-marînî lui a consacré une visite, peut-être que ce dernier est-il aussi l’instigateur de l’ouvrage d’Ibn Marzûq consacré à l’explication de Ach-chifâ et qui débute par une pléiade de poèmes d’auteurs contemporains maghrébins et andalous louant Ach-chifâ et cAyâd. Le Sultan Abou cInân a, quant à lui, constitué des biens en fondation religieuse et les a destinés à la lecture de Ach-chifâ dans les mosquées de Fès. Le soin dévolu à ce livre s’est continué durant tout le règne des Marinides et des Wattasides et est devenu une arme spirituelle au temps des invasions des portugais au long des côtes marocaines. Le mausolée est néanmoins tombé en désuétude pendant le conflit entre Wattassides et Saâdiens, jusqu’à ce que ces derniers le rétablissent grâce au saint Al-hâjj sidi Al-Falâh, lui-même enterré près d’Al-qâdî. Le disciple du saint, sidi Abdallah Al-Kûch, a rénové la coupole du mausolée et, vers les débuts du règne des Alaouites, Moulay Rachid a édifié le dôme de cAli Moulay Ach-charîf, ancêtre des Alaouites, en face du mausolée de Al-qâdî cAyâd.
Al-qâdî cAyâd a depuis été canonisé parmi les sept saints et figurait en seconde position quant aux lieux de pèlerinage. Comme témoignage de la place du mausolée chez le commun des gens et leurs élites, ce récit que rapporte Abû Abd Allah Muhamad bnu Mubârak: “lorsque Abû cAli Al-Yûssî a effectué une visite au mausolée de cAyâd vers 1100, les résidents au voisinage du mausolée lui ont demandé: l’on voudrait savoir jusqu’où s’étend le lieu saint d’Abî Al-Fadl; sur quoi il a rétorqué: le Maroc tout entier est la terre sainte d’Abî Al-Fadl”.
Qu’il me soit permis de mentionner, en conclusion à ce prologue, que Sabta l’exproprié a connu, quelque temps après le décès de cAyâd, peut-être sous l’influence de Ach-chifâ, la première célébration dans l’occident musulman du Mawlid, sous l’instigation de Azafides qui ont de leur temps acquis le même prestige naguère dévolu aux cAyadides. Le docteur de loi Abu Al-Qâssim Al-Azafî a présenté son livre Ad-dur Al-munaddam, à propos de la naissance du Prophète, au Calife almohade Al-Murtadâ et lui a recommandé de commémorer celle-ci. L’ont imité en cela plus tard les Abdalwadides de Tlemcen et les Banû Al-Ahmar de Grenade.
Nous sollicitons la bénédiction grâce à la prière qui épilogue Ach-chifâ :
”A Dieu l’immense supplication et mansuétude de daigner en consentir ce qui Lui est destiné et de pardonner tout ce qui s’y trouve d’enjolivures et d’affectations mises pour d’autres. Et nous avons le signe de Sa générosité et de Son pardon. Pour ce que nous y avions confié comme honneur de Son élu et dépositaire de Sa Révélation, nous y avions fait veiller nos paupières afin de suivre Ses bontés et nous y avions appliqué nos esprits afin que se manifestent Ses spécificités et Ses messages et qu’Il préserve nos dignités de Son feu incandescent de ce que nous avons protégé: Sa vénérable dignité; qu’Il nous compte parmi ceux qui ne s’éloignent si s’éloigne l’élément de son milieu, qu’Il nous le compte ainsi qu’à ceux qui s’évertuent à le transcrire et à l’acquérir comme signe qui nous fait rejoindre ses signes, comme richesse pour le jour du jugement dernier, oeuvre qui nous fera jouir de Sa faveur et Son immense récompense, comme rempart à l’instar de celui de l’assemblée du Prophète et sa communauté, qu’Il nous appelle à lui parmi les premiers, parmi les gens de la porte de droite, ceux de Son intercession. Louange au Très Haut de ce qu’Il nous a indiqué la voie et nous a inspirés, nous a accordé la lucidité et la compréhension des vérités que nous avons écrites, nous le prions, Gloire à son Nom, de nous dispenser d’une prière sourde, d’une science inféconde et d’une oeuvre qui ne compte, il est le Généreux qui ne brise espoir et le tromper n’est guère victoire. Il ne refuse point la prière de ceux qui se tournent vers Lui, ne redresse point le tort des blasphémateurs ; Dieu nous suffit, il est notre soutien et que prière et salut soient sur notre prophète Muhammad, sceau des prophètes, sur les siens, ses compagnons tous ensemble, louange à Dieu, Seigneur des univers”.



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;il y a quelques éléments biographiques dans l'introduction du Shifa' (posté dans livres à "télécharger") ,et à ce lien du site islamophile:
(476h/Ceuta-544H/Marrakech) est doublement affilié à l'Imam Malîk ,à la fois par le madhhab (école) et les liens de sang :il appartient à la tribu de Himyar, issue des Arabes du Yemen
